La quête de rendement favorise le marché de la dette hybride corporate

L’émission de 5 milliards d’euros en deux tranches de Total devrait être suivie d’autres initiatives dans le secteur de l’énergie.
Yves-Marc Le Réour

L’excellent accueil réservé en fin de semaine dernière à la levée obligataire hybride de Total témoigne du dynamisme persistant de ce segment de marché. La demande des investisseurs a atteint 20 milliards d’euros pour ce placement de 5 milliards d’euros en deux tranches dirigé par Citi, Barclays, HSBC et la Société Générale. Cette émission hybride est la plus importante réalisée en une seule journée sur le marché européen depuis celle de 6,2 milliards d’euros (multi-devises) d’EDF en janvier 2013.

Pour compenser leur statut de dette subordonnée, les obligations hybrides offrent des rendements supérieurs à ceux d’une dette senior, ce qui attire les investisseurs confrontés à la faiblesse des taux d’intérêt.

La dette hybride émise par Total se décompose en une tranche de 2,5 milliards d’euros de titres perpétuels pouvant être rachetés à partir de 2021, avec un coupon de 2,25%. La seconde tranche, dont le montant est identique, servira un coupon de 2,625% et comporte une option de rachat exerçable à partir de 2025. Environ 69% des obligations émises ont été souscrites par des gérants de fonds, 25% par des assureurs et des fonds de pension, le reste se partageant entre les banques et d’autres investisseurs institutionnels.

D’autres initiatives similaires devraient rapidement suivre dans le secteur des hydrocarbures, selon les analystes de Fitch. Ils jugent que le recours aux obligations hybrides donnera aux géants pétroliers «davantage de flexibilité financière», en leur évitant «de trop tailler dans leurs investissements face à la baisse actuelle des cours du pétrole». Plus généralement, «de nombreux instruments hybrides émis entre 2004 et 2006 sont proches de la première date à partir de laquelle une option de rachat est exerçable», relèvent les analystes de Kepler Cheuvreux.

Parmi les entreprises susceptibles de refinancer leur dette hybride en 2015 et 2016 figurent des groupes qui disposent d’un profil de crédit suffisamment solide et d’un accès facile au marché comme les allemands Linde, RWE, Bayer, Henkel ou Siemens, les français Vinci ou Suez Environnement, ainsi que le distributeur d’électricité britannique SSE.

Ce dernier vient d’ailleurs de mandater plusieurs banques (Barclays, Morgan Stanley, BBVA, BNP Paribas, Lloyds) afin de se rapprocher des investisseurs en vue d’émettre des obligations hybrides en livres sterling et en euros.

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