La menace de baisse des tarifs imposée par Bruxelles fait dérailler Eurotunnel
L’ultimatum de deux mois donné par la Commission européenne à la France et à la Grande-Bretagne hier pour réduire les tarifs de passage du tunnel sous la Manche a lourdement pesé sur Eurotunnel. Le cours de l’action de l’exploitant du tunnel a chuté de 12,27% à 5,49 euros, dans un marché en nette baisse (-3,66% pour le CAC 40). Dès mercredi soir, le groupe avait contesté les arguments de Bruxelles et avait rappelé que les tarifs pratiqués, 4.320 euros par Eurostar et 16,6 euros par passager, ont été fixés par une convention conclue en 1987 avec les opérateurs ferroviaires français et britannique. S’ils venaient à être modifiés, Eurotunnel demanderait à être dédommagé, a prévenu le groupe.
Selon Oddo Securities, les opérateurs ferroviaires dont les trains empruntent le tunnel sous la Manche représentent un chiffre d’affaires de 286 millions d’euros, soit 29% des revenus annuels consolidés d’Eurotunnel. Ils proviennent essentiellement des Eurostar qui font circuler chaque année environ 10 millions de passagers sous le tunnel en échange d’une redevance annuelle fixe d’environ 90 à 100 millions d’euros, plus 16,6 euros par passager, ajoutent les analystes du courtier. «Une baisse des prix de 1% se traduirait par un recul du même ordre du résultat d’exploitation» du groupe, calculent les analystes d’Oddo.
En dehors de toute réparation, l’impact serait donc massif sur les résultats et la valorisation d’Eurotunnel. «En prenant le pire scénario, soit une division par deux des tarifs de passage en 2014 sans aucune compensation liée à une augmentation du trafic, cela conduirait à réduire de 28% notre valorisation selon le modèle d’actualisation des cash-flows, de 11,6 à 8,3 euros par action», préviennent les analystes de Raymond James.
Sans compter, ajoute Oddo, qu’au-delà de l’impact financier, «cette procédure prendra certainement de nombreux mois et perturbera l’image du groupe qui venait de bénéficier de la décision de la CIG d’autoriser la Deutsche Bahn à emprunter le tunnel». De quoi brouiller le modèle d’Eurotunnel qui était parvenu à regagner la confiance des investisseurs ces dernières années.
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