La «healthtech» française gagne en maturité et trouve ses financements
Un écosystème français très porteur pour les biotechs françaises. La France compte plus de 1.700 entreprises de santé – «healthtech» – (plus de 800 medtechs, 720 biotechs et plus de 20 de e-santé), selon le Panorama 2019 de France Biotech, réalisé en partenariat avec EY, Euronext et l’assureur QBE. Sur les 401 sociétés ayant participé à l'étude, dont une moitié de biotechs, émergent plusieurs tendances. Apparaissent à la fois des nouvelles entreprises (44% ont moins de six ans), tandis qu’un tiers deviennent matures (dix ans d’existence et plus), et que plus de la moitié se sont internationalisées.
Avec plus de 5.000 brevets, et plus de 1.000 produits en développement (2,7 par biotech, contre 1 seul il y a dix ans), dont un tiers en phase clinique, les biotechs ont un pipeline plus riche que celui des cinq premiers laboratoires français, se félicite Chloé Evans, responsable des études sectorielles et des relations internationales de France Biotech.
Alors que la R&D représente 60% des dépenses et 44% des effectifs, les biotechs françaises disposent d’un écosystème favorable, avec notamment le statut de jeune entreprise innovante (JEI) et le crédit impôt recherche (CIR). Le financement, nerf de la guerre, est crucial pour ces sociétés qui la plupart du temps ne dégage pas de chiffre d’affaires les premières années. Les besoins des healthtech françaises sont estimés à 1,5 milliard d’euros pour les 24 prochains mois. Bonne nouvelle, les financements sont là, notamment avec la création de nouveaux fonds, commeJeito, et le développement de fonds crossover à l’instar de celui de Sofinnova. Le capital-risque a levé 18,8 milliards d’euros aux Etats-Unis et 6,7 milliards en Europe en 2019 pour financer les healthtechs.
Rien qu’en France – deuxième pays le plus actif derrière le Royaume-Uni – 1,8 milliard d’euros a été levé, dont 60% en capital-risque (contre 42% en 2018), 29% en secondaire (54% en 2018) et 11% en IPO avec les 2 introductions en Bourse de Genfit et d’Innate Pharma sur le Nasdaq américain (4% en 2018). «Une double cotation [à Paris et à New-York] reste une tendance de fond», précise Cédric Garcia, associé chez EY. En revanche, aucune biotech n’est venue se coter à Paris l’an dernier (contre 25 sur 2015-2018), pourtant la Place de référence en Europe avec 69 sociétés cotées, «mais pas encore assez de digital healthtech», précise Camille Leca, directrice des activités de cotation d’Euronext en France.
Le cycle de financement des biotechs évolue. Elles se sont souvent introduites trop tôt en Bourse. Le private equity les accompagne maintenant plus longtemps. Aussi, «les sociétés healthtechs vont arriver plus tard en Bourse, poursuit Camille Leca. Néanmoins, le marché secondaire devrait continuer à croître et la Bourse reste une porte de sortie pour les fonds d’investissement».
Les biotechs sont aussi des réservoirs de croissance pour les laboratoires pharmaceutiques. Aussi, les collaborations entre pharma et biotech européennes prennent plus de poids. En 2019, un record a été signé avec 61 milliards de dollars d’opérations, dont 40% de partenariats et 60% d’accords de licence. Fait nouveau, le montant moyen d’une opération a bondi de 29% en un an à 412 millions de dollars en moyenne.
Surtout, la concentration du secteur a explosé en 2018 et 2019, avec respectivement 156 et 140 milliards de dollars d’acquisitions en 2019, contre 50 milliards en 2017, tirée par les opérations emblématiques AbbVie/Allergan et Takeda/Shire. Le montant moyen, de 2,5 milliards de dollars en 2019, a quintuplé en quatre ans. Une tendance qui ne devrait pas s’arrêter…
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