La fin annoncée de l’itinérance pèsera sur la rentabilité des opérateurs français
Une nouvelle fois, Neelie Kroes, commissaire européenne à la Stratégie numérique a réaffirmé sa volonté de créer un marché unifié des télécoms en Europe. La commissaire invoque notamment la complexité et multiplicité des règles actuelles, parfois incompatibles entre elles, et les coûts transfrontaliers. «Moins de paperasserie, mois de coûts, moins de tracas : c’est ce que signifie un marché unique, résume Neelie Kroes. Et dans un véritable marché unique, il n’y a pas de frais d’itinérance [roaming] artificiels».
Toutefois, « ce n’est pas en interdisant les frais d’itinérance que nous créerons un marché unique, poursuit la commissaire. Bien au contraire, c’est la création d’un marché unique qui permettra d’en finir avec les prix d’itinérance excessifs». En attendant, «la différence entre l’itinérance et les tarifs nationaux devraient tendre vers zéro», selon le projet de loi qui devra être discuté en octobre lors d’un sommet européen. L’impact de ce marché unique concurrentiel pourrait être de 110 milliards d’euros par an sur l’économie, estime Neelie Kroes.
Une vision que ne partagent par les opérateurs. «Pour le moment, tout l’accent est mis sur la concurrence et la baisse des prix et non sur la manière de favoriser la croissance», a déclaré Pierre Louette, directeur général adjoint d’Orange, au Financial Times. Or selon une étude d’Etno, l’association des opérateurs télécoms européens, citée par le quotidien britannique, la disparition des frais d’itinérance réduirait les cash flows des opérateurs mobiles de 7 milliards d’euros d’ici à 2020 et pourrait donc avoir un effet négatif sur l’investissement dans les réseaux mobiles. Les revenus issus du roaming représentent environ 10% du chiffre d’affaires des opérateurs. «Les revenus des opérateurs en France (Bouygues, France Télécom et SFR) pourraient chuter en cas d’acceptation de la réforme sur le roaming», prévient Tullett Prebon.
Depuis le début juillet, l’Union européenne impose une baisse de 36% des plafonds sur les frais d’itinérance, soit 8 centimes maximum par SMS, 7 centimes la minute par appel reçu et 24 centimes la minute par appel émis pour les prix de détail, hors TVA. Depuis 2007, les prix des services de données en itinérance ont ainsi diminué jusqu’à 91%, tandis que les volumes ont bondi de 630%, se félicite la Commission européenne.
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