La Cour des comptes critique l’entrée hasardeuse de l’Etat chez Manurhin
Appelé au chevet de Manurhin, fabricant de machines pour la production de munitions, l’Etat actionnaire essuie aujourd’hui les critiques de la Cour des comptes. Dans son rapport annuel, l’institution décortique une opération réalisée «dans des conditions ambiguës et contestables». Sous la houlette du Ciri, la Sofired (Bpifrance) et Giat Industries (rebaptisé Nexter) ont souscrit il y a trois ans à une augmentation de capital à hauteur de 2 millions d’euros chacun, leur donnant une participation cumulée de 45%.
Cet investissement, auquel a été associé l’Agence des participations de l’Etat (APE), s’est fait sans aucun arbitrage «formel et clairement assumé». L’Etat est entré au capital aux côtés du slovaque Defence Capital, qui a injecté 3 millions d’euros pour 34% du capital, et des managers. «En ordre trop dispersé pour négocier efficacement les modalités de gouvernance du groupe», les acteurs publics ont laissé échapper les commandes au profit de l’investisseur slovaque. La reprise en main s’est opérée en juin 2013.
Pour la Cour des Comptes, «l’affaire Manurhin» met également en lumière l’intervention coûteuse de sociétés de conseil. Entre le 1er janvier 2011 et le 31 mars 2012, 1,2 million d’euros d’honoraires ont été versés, soit l'équivalent de 15% de l’apport total en capital. Selon la Cour des comptes, l’essentiel de la négociation avec les entités publiques a été effectué par un «senior adviser» de Kepler Corporate Finance (ce que conteste Giat Industries), par ailleurs ancien directeur de l’APE. Ce travail effectué par Denis Samuel-Lajeunesse, qui est ensuite devenu président du conseil de surveillance de la holding, a fait l’objet d’un contrat pour un montant brut de 200.000 euros.
Son beau-frère, Olivier Sauty de Chalon, spécialiste du redressement d’entreprises en difficulté et manager de Manurhin (de fin 2010 jusqu’en juin 2012), est intervenu pour sa part moyennant un montant brut cumulé de 472.000 euros. Un troisième acteur représentant deux autres sociétés, «dont le mandat était largement similaire à celui de Kepler», a obtenu pour sa part 440.000 euros. Selon la Cour des comptes, le règlement de ses services a donné lieu à un litige tranché en sa faveur par une ordonnance de référé du tribunal de commerce de Paris, dont les considérants indiquent que «les débats, les pièces et les écritures n’ont pas permis de savoir si la somme réclamée était intégralement due».
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