Hermès relance sa bataille contre LVMH devant la justice

Alors que l’AMF poursuit son enquête, le sellier porte plainte pour délits d’initiés et manipulation de cours. Le groupe de Bernard Arnault parle de chantage
Bruno de Roulhac

Décrétée publiquement en décembre dernier par Bertrand Puech, président du conseil de gérance d’Emile Hermès, la trêve entre Hermès et LVMH est rompue ! Le sellier du faubourg Saint-Honoré a annoncé hier avoir déposé le 10 juillet dernier une plainte «sur les modalités d’entrée de LVMH dans le capital d’Hermès International». Objets de la plainte : délit d’initiés et complicité, ainsi que manipulation de cours selon le parquet de Paris, qui continue à étudier le dossier.

LVMH avait semé la zizanie en octobre 2010 en annonçant détenir 17,1% du capital d’Hermès. Une entrée qui a pu rester cachée grâce notamment à l’utilisation d’equity swaps dénouables en numéraire, avant qu’un avenant ne permette de les dénouer en titres. Une technique légale à l’époque, mais qui ne serait plus possible aujourd’hui depuis la loi du 22 mars imposant de prendre en compte les instruments dérivés à dénouement en espèces pour le calcul des franchissements de seuil.

Hermès aurait pu saisir la justice depuis bien longtemps, mais il a préféré d’abord verrouiller le capital du groupe en créant son holding familial H51en décembre dernier, puis mettre en place un contrôle de son actionnariat. En effet, depuis l’assemblée générale de mai dernier, tout franchissement de seuil de 0,5% du capital ou des droits de vote d’Hermès doit être suivi d’une inscription des titres au nominatif, sous peine de privation des droits de vote.

LVMH, qui s’est progressivement renforcé au capital d’Hermès jusqu’à en détenir 22,6% actuellement, ne compte pas en rester là. Le groupe de Bernard Arnault va donc «déposer plainte pour chantage, dénonciation calomnieuse et concurrence illicite». LVMH estime qu’Hermès «cherche à se substituer au gendarme de la Bourse pour, sans attendre le résultat de l’enquête et dans la plus complète ignorance du résultat du travail de l’AMF, porter des accusations graves et dénuées de tout fondement sur de prétendus dysfonctionnements de marché».

Le régulateur, qui a ouvert une enquête depuis de nombreux mois, refuse de dévoiler son état d’avancement. La décision d’Hermès de saisir la justice pourrait inciter l’AMF à accélérer l’étude du dossier. D’autant que le procureur de Paris a saisi pour avis l’AMF avant de demander l’ouverture éventuelle d’une enquête pénale, comme le souhaite Hermès.

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