FDJ manque de catalyseurs pour conserver sa main gagnante
Miser sur La Française des Jeux (FDJ) s’est indéniablement avéré gagnant pour les investisseurs. L’opérateur de jeux d’argent et de hasard, qui célèbrera le mois prochain ses deux ans de présence à la Bourse de Paris, a vu son cours grimper à près de 2,5 fois son prix d’introduction de 19,9 euros.
La société dirigée par Stéphane Pallez a bien résisté à la pandémie: ses mises et ses revenus n’ont reculé que de respectivement 6,8% et 6,3% l’an passé. FDJ a également connu une bonne dynamique sur les six premiers mois de 2021, avec une progression de son chiffre d’affaires de près de 9% par rapport à la même période de 2019, une croissance jugée «impressionnante» par Deutsche Bank.
Le marché a toutefois pris la mesure des qualités opérationnelles de la société, dont la performance boursière s’essouffle. Depuis fin juin, lorsque le titre a atteint un plus haut en clôture de 51,58 euros, l’action a cédé environ 14% alors que le SBF 120 a limité sa baisse à 1,5% sur la même période.
Enquête de la Commission européenne
Une épée de Damoclès plane au-dessus du groupe : l’ouverture, en juillet, d’une enquête approfondie de la part de la Commission européenne pour déterminer si l’octroi des droits exclusifs à la société est conforme aux règles européennes en matière d’aides d’Etat.
Dans le cadre de sa privatisation, le groupe a versé l’an dernier une soulte de 380 millions d’euros à l’Etat Français pour conserver ses droits exclusifs sur la loterie physique et en ligne, ainsi que sur les paris sportifs en point de vente pour 25 ans. La société détenait auparavant ces droits, qui représentent environ 95% de ses mises, pour une durée illimitée.
Contactée, FDJ a déclaré que la procédure suivait son cours et n’a pas souhaité faire davantage de commentaire, s’en tenant à son communiqué de la fin juillet. L’entreprise avait alors pris acte de l’annonce de Bruxelles, ajoutant se tenir à la disposition des autorités européennes aux côtés de l’Etat français «pour apporter tous les éléments nécessaires démontrant la conformité de ce cadre juridique avec les droits français et européens». «L’enquête est en cours et nous ne pouvons pas préjuger de son calendrier ou de son issue», a déclaré de son côté une porte-parole de la Commission européenne. Bercy n’a pas fait de commentaire.
«Les investisseurs sont quelque peu nerveux sur cette question» de l’enquête de Bruxelles, explique James Ainley, analyste au sein de la banque Citi. «Bien que la société estime que les procédures correctes ont été suivies, il existe une crainte que ce débat complexe et assez technique n’entraîne un paiement additionnel (pour FDJ, ndlr), dont l’estimation est difficile», ajoute l’intermédiaire financier.
Un processus qui risque d'être long
Si l’ouverture d’une enquête ne présage en rien d’une issue défavorable pour la société, le processus risque de s’avérer long, comme l’a reconnu Stéphane Pallez devant les analystes en juillet. La PDG du groupe a déclaré «penser» que la Commission disposait «en principe» d’un délai de 18 mois qu’elle pourrait très bien décider d'étendre, sans compter par ailleurs les possibilités d’appel des différentes parties une fois le verdict de Bruxelles connu.
Pour Oddo BHF, cette enquête européenne devrait peser sur l’évolution du titre au cours des prochains mois. «Jusqu'à ce que cette question soit résolue, certains investisseurs pourraient préférer rester à l'écart» sur le titre, abonde James Ainley de Citi qui a une recommandation à «neutre» sur la valeur.
Face à cette incertitude notable, FDJ manque de catalyseurs pour pousser plus haut son action. Morgan Stanley considère que le groupe est bien positionné pour poursuivre sa croissance et l’expansion de ses marges, tout en disposant d’options pour mener des opérations de fusions-acquisitions dans les paris sportifs en ligne, où FDJ accuse un déficit de taille face à ses concurrents. Mais la banque américaine juge que ces atouts sont déjà bien intégrés dans la valorisation du titre.
La pause boursière que connaît FDJ depuis le début de l’été risque donc de se prolonger. Seulement 20% des analystes sondés par FactSet recommandent d’acheter le titre alors que 70% d’entre eux conseillent de le conserver. Les investisseurs souhaitant se positionner sur l’action devraient donc attendre des éclaircissements sur l’enquête européenne ou un point d’entrée plus attrayant.
Plus d'articles du même thème
-
Syngenta s’active en vue d’un prochain retour en Bourse
Le groupe agrochimique bâlois, détenu par Sinochem, a déposé une demande confidentielle d’enregistrement sur la Bourse de Hong Kong en vue de lever environ 5 milliards de dollars. -
Mistral AI noue de nouveaux partenariats avec TotalEnergies et Numspot
Le spécialiste français de l’IA s’allie au géant pétrolier pour développer des modèles pour l'exploration et l'ingénierie des réservoirs de pétrole et de gaz, et au service cloud Numspot autour d’une offre d’IA destinée aux entreprises. -
Sogenial Immobilier recrute un nouveau directeur commercial
Damien Pocas rejoint la société de gestion immobilière après 9 ans chez Sofidy, depuis absorbée par Tikehau IM.
ETF à la Une
Les ETF européens approchent des 4.000 milliards de dollars d’encours
- Combien coûterait aux banques une hausse du plafond du Livret A
- Les investisseurs actions et crédit se protègent contre le risque politique français
- Avec le Livret A, Trade Republic et Axa Banque se partagent les données et les responsabilités
- Apple dévoile l'iPhone Duo, son premier smartphone pliable
- La BCE attise la flambée des taux
Contenu de nos partenaires
-
Grève chez EDF : que sont les « tarifs agents » que le gouvernement veut corriger ?
Face aux injonctions de la Cour des comptes et à l'endettement du groupe, le pouvoir exécutif planche sur une réduction d'un avantage historique accordé aux agents des industries énergétiques -
Cartes sur table« Avec Faure, on sait comment ça finit » : la primaire socialiste sera bien un référendum pour ou contre LFI
Même après avoir vu son parti couvert d’injures à la Fête de l’Humanité, le premier secrétaire du PS n'exclut pas de s'allier avec des mélenchonistes, jugés « sectaires » et « violents », mais électoralement indispensables -
L'air du largePisa, Shanghai et autres classements éducatifs : une lecture géopolitique
« Niveaux académiques, débouchés professionnels… C’est une compétition stratégique à l’horizon de dix, vingt ans ou plus qui s’esquisse sous nos yeux »