Facebook mis au défi de justifier une valorisation hors normes

L’action a gagné 0,61% pour sa première journée au Nasdaq vendredi. Sa capitalisation actuelle repose sur des hypothèses de croissance effrénée
Olivier Pinaud

Pour Facebook et son président-fondateur Mark Zuckerberg, le plus dur commence. Entré vendredi au Nasdaq avec une couverture médiatique aux Etats-Unis digne d’une finale du championnat de football américain, le réseau va désormais devoir justifier sa valorisation et montrer qu’il est plus qu’un phénomène social. Mis en Bourse au prix de 38 dollars par action, Facebook valait 38,23 dollars vendredi soir après une première journée de cotation finalement assez calme. Sa capitalisation de 104,8 milliards de dollars, comparée aux 28 milliards de Google lors de son IPO en août 2004, représente 26 fois le chiffre d’affaires et plus de 100 fois le bénéfice annuel 2011. En 2004, lors de sa mise en Bourse, Google valait environ 10 fois son chiffre d’affaires.

Selon les calculs du cabinet de conseil et d’évaluation Duff & Phelps, en appliquant la méthode de valorisation des cash flow futurs, il faudrait que Facebook multiplie par 27 son chiffre d’affaires annuel en 10 ans, tout en maintenant son niveau de marge opérationnelle autour de 45%, pour justifier son prix actuel. Pas impossible, estiment les analystes: Google a bien multiplié par 430 son chiffre d’affaires entre 2001 et 2011. Mais pour Facebook, cela signifie de doubler son nombre d’inscrits à près de deux milliards et de décupler son revenu par utilisateur, d’un peu plus de 4 dollars aujourd’hui.

L’introduction au Nasdaq doit permettre de financer cette croissance effrénée. Depuis 2009, Facebook s’autofinance. Il a généré l’an dernier 470 millions de dollars de cash flow disponibles. Mais avec les 6,8 milliards levés en Bourse, le groupe pourra acquérir de nouvelles sociétés, voire des concurrents susceptibles de venir lui faire de l’ombre. Le rachat annoncé d’Instagram, qui devrait être bouclé fin 2012 pour 1 milliard de dollar, visait à mettre la main sur l’application d’échange de photos par téléphone mobile la plus prometteuse.

Le mobile constitue d’ailleurs le principal défi de Facebook. Le site recrute une majorité de nouveaux utilisateurs via son application pour téléphone mobile. Mais le média est peu adapté à la publicité et génère peu de transactions annexes, à la différence d’Apple ou de Google par exemple qui touchent des commissions sur les applications vendues via leur plate-forme. Le travail de Mark Zuckerberg sera de faire émerger le «f-payment», en faisant basculer les utilisateurs de Facebook, habitués à la gratuité, vers ses services payants.

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