Eurotunnel est confiant dans l’issue du conflit avec la Commission européenne
Jacques Gounon, le PDG d’Eurotunnel est toujours prêt à se battre. Alors que la Commission européenne a initié en juin dernier une procédure à l’encontre de la France et du Royaume-Uni visant à réduire le montant des péages facturés par Eurotunnel pour le passage sous la Manche, Eurotunnel a convaincu Paris et Londres de rejeter la demande de la Commission. Les deux Etats ont jusqu’à aujourd’hui pour répondre aux griefs de Bruxelles.
Pour le patron d’Eurotunnel, l’avis de la Commission est «très faible pour ne pas dire inexistant». Bruxelles reproche notamment à l’opérateur du tunnel sous la Manche de ne pas respecter les principes de tarification des directives et d’avoir une convention d’utilisation (RUC) ne laissant pas un accès à toutes les entreprises ferroviaires. «On ne peut pas appliquer des raisonnements d’infrastructure publique à une concession de longue durée entièrement financée par le privé, explique Jacques Gounon. Toute entreprise ferroviaire peut emprunter le tunnel sous la Manche, et nous le voulons».
Quant au cadre tarifaire, Eurotunnel dit répondre aux exigences fixées par la directive. D’ailleurs, pour atteindre le retour sur capitaux investis de 11,7% prévu initialement en 1987, les péages passagers devraient être augmentés de 316% et les péages fret de 679% selon les calculs de PwC, mandaté par Eurotunnel.
Pour l’opérateur, le trafic est inférieur aux prévisions initiales, non pas en raison de péages trop élevés, mais de la faiblesse de l’offre des transporteurs ferroviaires. En particulier dans le fret. Malgré la baisse des tarifs, le trafic a reculé beaucoup plus vite, à l’instar de la SNCF, dont plus aucun train ne circule dans le tunnel depuis le début de l’année. Or, le prix est de 100 euros par container, contre 150 euros pour le ferry, constate Jacques Gounon, invoquant le frein des barrières non tarifaires.
Eurostar est toujours dans le collimateur d’Eurotunnel, estimant que la filiale de la SNCF «n’a pas de stratégie de développement de dessertes, mais de maximisation de sa rente monopolistique», et s’inquiétant de sa volonté de passer de 14 à 10 rames. Sans compter la critique sur les tarifs de 50 à 75% plus élevés que ceux de Thalys, hors les 18 euros de péage perçus par Eurotunnel par passager.
Néanmoins, Eurotunnel se félicite d’un été «excellent» avec des fréquentions «jamais vues» et une reprise du marché camion.
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