Europcar n’attirera de nouveaux investisseurs qu’au prix d’une restructuration
Europcar Mobility Group est sorti de 2019 tout cabossé. Après un dérapage de 45%, l’action du loueur de véhicules a accusé l’an passé la plus forte baisse de l’indice SBF 120. Une sortie de route consécutive au lancement, au début de l’automne, d’un sévère avertissement sur ses résultats annuels.
C’est dans ce contexte que la société d’investissement Eurazeo a annoncé en novembre qu’elle envisageait de céder tout ou partie de sa participation de 29,9%. «Après treize années passées au capital du loueur, dont la valeur a quasiment été divisée par trois depuis l’introduction en Bourse de juin 2015, Eurazeo a décidé d’arrêter les frais, certainement exaspéré par la dernière alerte sur résultats et par certaines errances stratégiques», observe un gérant parisien.
Contactés par l’agence Agefi-Dow Jones, Eurazeo et Europcar n’ont pas souhaité apporter de commentaire pour cet article.
Rendez-vous crucial le 25 février
Selon nos informations, Europcar recherche aussi de nouveaux partenaires financiers susceptibles de se substituer à son principal actionnaire. La meilleure façon d’attirer des investisseurs serait de mener une profonde restructuration pour transformer le modèle d’entreprise du loueur tout en assurant sa rentabilité à court terme.
En froid avec Eurazeo selon analystes et investisseurs, Europcar doit impérativement accélérer. «Le groupe a pour obligation de présenter une nouvelle feuille de route séduisante pour les années à venir afin de restaurer un minimum de confiance avec la Bourse et de convaincre de nouveaux partenaires financiers d’embarquer», prévient un analyste. «Certains objectifs du plan SHIFT 2023 méritent notamment d'être ajustés», ajoute-t-il.
Europcar a promis de redresser la barre cette année. La présidente du directoire, Caroline Parot a garanti que la société de location adapterait sa flotte et ses ambitions à l’environnement économique dégradé et qu’elle réduirait ses coûts de sorte à démontrer sa flexibilité. Europcar a déjà lancé des initiatives visant notamment à générer des économies brutes de 60 millions d’euros d’ici à la fin 2020.
Le groupe a rendez-vous avec le marché le 25 février, date à laquelle il présentera ses comptes 2019. Les investisseurs attendront de sérieuses avancées dans ses programmes de réduction des coûts, ainsi que des perspectives crédibles pour 2020. «Europcar devra prendre certaines décisions stratégiques comme accélérer son développement dans le digital, restructurer sa dette et réfléchir à la pertinence de sa présence aux Etats-Unis et en Australie», préconise un autre analyste, pour lequel «la faible valorisation du groupe ne suffira pas à lui redonner durablement de l'éclat en Bourse».
Pour JPMorgan, le redressement des résultats d’Europcar passera nécessairement par un meilleur amortissement des coûts fixes. Cela prendra du temps. La banque américaine prévoit une marge de corporate Ebitda ajusté - qui correspond au résultat opérationnel courant retraité des intérêts, amortissements et dépréciations - de 9,4% en 2019, puis de 9,1% cette année. Elle atteignait un niveau record de 11,2% en 2018...
Troisième valeur de la cote parisienne la plus vendue à découvert derrière Eurofins et Iliad, avec 11,1% de son capital empruntés selon IHS Markit, Europcar est attendu au tournant. Opportuniste, l’activiste CIAM a récemment profité de la chute du titre pour renforcer sa participation. Depuis mi-novembre, il détient 7,8% des actions en circulation.
Des investisseurs partagés sur la direction
«Actuellement, le titre Europcar vaut selon nous entre 7 et 8 euros, mais il vaudra bien plus lorsque le groupe aura achevé sa restructuration», a déclaré Catherine Berjal, la présidente du fonds activiste, à l’agence Agefi-Dow Jones. CIAM envisage « de poursuivre ses achats d’actions sur le marché, en fonction des opportunités». Le fonds a également l’intention «de proposer une liste de candidats pour intégrer le conseil de surveillance d’Europcar», a révélé Catherine Berjal.
CIAM fait pour l’instant confiance à Caroline Parot pour redresser les performances opérationnelles. Elle «mérite sa chance, elle a su diriger Europcar dans un contexte difficile sur le plan de l’activité», souligne Catherine Berjal.
Tous les investisseurs ne feront pas preuve de la même bienveillance. «Les dirigeants, et Caroline Parot en tête, se sont risqués à prendre des engagements qu’ils n’ont pas su tenir et ont pris des décisions discutables en matière d’acquisitions ou de rachats d’actions. Ils en portent la responsabilité et le nouvel actionnaire de référence ne voudra pas nécessairement faire route commune avec eux», avertit un intermédiaire financier.
En 2020, Europcar pourrait donc perdre bien plus que son principal actionnaire.
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