EADS et BAE ont levé une grande partie des obstacles à leur fusion
L’horloge tourne. Dans moins de cinq jours, EADS et BAE Systems doivent annoncer les contours de leur projet de rapprochement. «Les différentes parties ont eu un temps suffisant pour appréhender le dossier, maintenant nous devons avancer», s’impatiente une source proche. Une grande partie des obstacles a été levée. Mais un blocage à la dernière minute ne peut être exclu.
Parmi les certitudes, la question de la position de la France est réglée. Si le rapprochement se fait, l’Etat restera actionnaire du futur groupe. Détenteur de 14,9% du capital d’EADS, il verra tomber sa participation sous les 9% après la fusion.
Une position qui ne lui donnerait pas de pouvoir particulier mais qui lui permettrait de conserver un œil sur une société stratégique. Des garanties industrielles et sociales ont également été apportées par EADS. Le projet de basculer à Toulouse à partir du 1er janvier 2013 le siège d’EADS a ainsi été confirmé. La position de la Grande-Bretagne, qui n’est pas actionnaire de BAE, semble également assurée. «Les Anglais sont pragmatiques et voleront toujours au secours de la victoire», indique un négociateur.
La position allemande reste plus floue. Berlin a formulé de nombreuses exigences en s’alignant sur les demandes françaises. Mais non présent au capital, sinon indirectement via la participation de 22,35% de Daimler et du holding Dedalus, le pays n’est pas dans la même position de force que la France. «Les Allemands ont eu du mal à définir leur doctrine et leur priorité, mais ils auront des garanties», assure cette source. L’Allemagne pourrait monter ainsi au capital. Avant l’annonce du projet avec BAE, Berlin avait de toute façon prévu de racheter 7,5% du capital auprès de Daimler. Une fois diluée, cette participation tomberait à 4,5%.
Restent les Etats-Unis, discrets depuis l’annonce du projet. «Washington dispose d’un véritable droit de veto sur l’opération avec les accords spéciaux de sécurité qui permettent à BAE de travailler sur les budgets les plus sensibles», reconnaît ce proche du dossier. Des signaux positifs ont été obtenus auprès du département de la Défense sur le maintien de l’accord.
Mais si la garantie n’est pas suffisante, le projet sera immédiatement enterré. Le groupe britannique réalise en effet 40% de ses ventes aux Etats-Unis et 13% supplémentaires avec leur allié saoudien. Et ses positions doivent servir à EADS pour accroître sa présence aux Etats-Unis et dans le Golfe.
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Paris - Pendant que le débat enfle sur l’opportunité de taxer les «superprofits» pétroliers liés à la guerre au Moyen-Orient, TotalEnergies prévient les politiques: en cas de taxes, il ne pourra «pas maintenir» son plafonnement du prix des carburants dans ses station-service françaises. Le PDG du groupe TotalEnergies Patrick Pouyanné, connu pour ses paroles directes, a fait cet avertissement mardi dans une interview donnée à Sud Ouest et à La République des Pyrénées. «En cas de surtaxe sur nos raffineries, qui sont par ailleurs souvent déficitaires, dans ce cas nous ne pourrons pas maintenir le plafonnement [des prix] dans nos stations en France», a indiqué le patron, accusé par la gauche de profiter de la guerre. «TotalEnergies ne va pas non plus s’excuser de performer et de réussir dans son domaine (...) Il n’y a aucune honte, cela signifie que l’entreprise fonctionne bien», a souligné le dirigeant. Les bénéfices exceptionnels réalisés par TotalEnergies grâce à la flambée du prix des hydrocarbures dans le sillage de la guerre au Moyen-Orient ont relancé le débat politique sur l’opportunité d’une taxe spécifique, objet de propositions de loi à gauche, face à un gouvernement plutôt enclin à laisser le pétrolier «redistribuer» cet argent comme il l’entend. Le groupe a annoncé jeudi, au lendemain de ses résultats trimestriels, qu’il maintenait «le niveau des plafonnements en vigueur depuis le 8 avril (essence à 1,99 euro/L et gazole à 2,25 euros/L) (...) pour le mois de mai» dans ses 3.300 station-services, une initiative qu’il poursuivra «tant que la crise au Moyen-Orient durera». En place depuis février 2023, pour atténuer les prix élevés à la pompe en pleine crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, cette initiative leur avaient coûté «entre 400 et 500 millions de dollars» cette année-là. Mais le Premier ministre Sébastien Lecornu a aussi encouragé TotalEnergies à un plafonnement encore plus «généreux» des prix à la pompe», selon des déclarations rapportées par la Tribune Dimanche. «Est-ce qu’on demande à Total d’en faire plus? Oui», a déclaré mardi le Premier ministre Sébastien Lecornu lors des questions au gouvernement, tout en s’insurgeant contre «des mensonges et des contrevérités» qui circulent sur le groupe. «Total paye déjà des impôts», à hauteur de «2 milliards d’euros de prélèvements obligatoires» en France, a indiqué M. Lecornu, rappelant aussi que La France était le «seul» pays où TotalEnergies plafonnait ses prix. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau avait quant à lui affirmé lundi que s’il fallait taxer les «surprofits» des groupes énergétiques, cette mesure devrait être ciblée et «temporaire». «Pas de pénurie» cet été TotalEnergies a annoncé le 29 avril de juteux bénéfices de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre (4,96 milliards d’euros), soit une hausse de 51% sur un an et un doublement par rapport au 4e trimestre 2025. En conséquence, le PDG a précisé qu’il était «fort probable» que son groupe soit éligible en 2026 à la surtaxe sur les grandes entreprises, en raison des marges exceptionnelles de son activité de raffinage depuis le début de la guerre. Cette contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, mise en place par le gouvernement en 2025 et reconduite pour l’année 2026, s’applique aux entreprises ayant un chiffre d’affaires d’au moins 1,5 milliard d’euros. Mais le groupe, qui empoche l’essentiel de ses bénéfices à l’international, n’y était pas soumis au titre de l’année 2025 car son activité de raffinage était déficitaire en France. Le PDG est aussi revenu sur ses propos très commentés de fin avril, y compris par Emmanuel Macron, sur une «ère de pénurie énergétique» si le blocage du détroit d’Ormuz par Téhéran durait encore «deux ou trois mois». «Je n’ai jamais parlé de pénurie en France parce que justement nous saurons l’approvisionner», a-t-il rectifié, interrogé sur une éventuelle crise d’approvisionnement estivale. «Il n’y aura pas de pénurie, mais cela aura un coût plus élevé», puisque «nous devrons acheminer des carburants en concurrence avec l’Asie vers la France, donc en payant plus cher», a-t-il tempéré. Selon le PDG, la consommation de carburants a reculé de 15% en France au mois d’avril. Nathalie ALONSO © Agence France-Presse