Carlos Slim contrarie habilement les plans de Telefonica sur E-Plus
Un peu plus d’un an après son irruption surprise au capital de KPN, le milliardaire mexicain Carlos Slim bouscule de nouveau le secteur européen des télécoms. Son groupe America Movil a annoncé vendredi un projet d’offre publique d’achat sur l’opérateur néerlandais, dont il détient déjà environ 30%. Pourquoi le Sud-Américain est-il prêt à payer 7,2 milliards d’euros pour s’emparer d’un groupe marginalisé, endetté et en perte de vitesse dans son propre pays?
Officiellement, la direction d’America Movil a lancé cette OPA sur KPN afin de «mettre en œuvre une plus grande coordination et coopération opérationnelles entre les deux entreprises». Les synergies industrielles et de coûts apparaissent pourtant relativement faibles entre deux groupes aux géographies totalement opposées. Selon les analystes, le mouvement de Carlos Slim vise surtout à défendre la valeur de son investissement dans KPN, estimé à environ 3 milliards d’euros pour ses 30% actuels, en tenant compte de sa participation à l’augmentation de capital d’avril dernier.
Le mois dernier, KPN a entamé des discussions avec Telefonica en vue de lui vendre sa filiale allemande E-Plus. Une opération inacceptable pour America Movil. Telefonica est son principal concurrent en Amérique latine, ce qui peut nourrir des rancunes. Il est donc impensable qu’il s’empare d’E-Plus, la principale source de valeur de KPN. L’offre formulée en juillet par Telefonica valorise E-Plus à 8,1 milliards d’euros, soit quasiment autant que la capitalisation boursière de KPN avant l’annonce du projet d’OPA d’America Movil. Dans les comptes de KPN, la valeur comptable d’E-Plus s'élève à 9,4 milliards d’euros.
En annonçant son projet d’OPA sur KPN, Carlos Slim joue à qui perd gagne et contrecarre habilement les plans de Telefonica. Car s’il venait à prendre le contrôle du néerlandais, le milliardaire mexicain pourrait facilement s’opposer à l’offre de rachat d’E-Plus. De quoi contraindre Telefonica à relever son offre sur E-Plus dans les prochaines semaines s’il veut sauver son opération. Au final, Carlos Slim pourrait ainsi couvrir l’intégralité de son investissement dans KPN, OPA comprise, rien qu’en vendant E-Plus à son concurrent Telefonica.
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