Dénonçant un « coup monté » et une « collusion » entre Nissan et l’Etat japonais, Carlos Ghosn s’est défendu publiquement, pour la première fois depuis son arrestation au Japon à l’automne 2018, des accusations formulées contre lui.
Devant 150 journalistes réunis à Beyrouth, où l’ex PDG de Renault et de Nissan s’est réfugié le 30 décembre 2019, Carlos Ghosn est longuement revenu sur les conditions de son arrestation et sur « l’injustice » de la procédure menée par les procureurs japonais. Le dirigeant a également défendu son bilan à la tête de Renault et de Nissan, victimes selon lui également de son arrestation.
« La valorisation de Nissan depuis mon arrestation a baissé de plus de 10 milliards de dollars. Ils ont perdu plus de 40 millions de dollars par jour pendant cette période (...). Ce n’est pas mieux pour Renault, parce que la valorisation de Renault a baissé, depuis mon arrestation, de plus de cinq milliards d’euros, ce qui signifie 20 millions d’euros par jour », a lancé Carlos Ghosn. Depuis novembre 2018, l’action Renault a perdu environ 34% de sa valeur et celle de Nissan environ 38%.
Aucun projet de fusion
Carlos Ghosn a assuré n’avoir jamais proposé de fusion entre les deux constructeurs automobiles, car il savait qu’une telle proposition se heurterait à l’opposition de Nissan et créerait un nouvel ensemble « impossible à diriger ». Il a en revanche proposé la création d’une holding avec un seul conseil d’administration et une seule action cotée en Bourse. Dans ce schéma, chaque constructeur aurait conservé sa base opérationnelle, son siège et son comité exécutif.
« Cela me semblait offrir un bon équilibre entre la volonté des uns de pousser pour une fusion complète et le désir d’autonomie des autres », a-t-il expliqué. Mais « au final, il n’y a pas de holding, et il n’y a même pas d’Alliance. Nous avons fait un pas en arrière », a regretté Carlos Ghosn, ajoutant au passage que son arrestation avait également fait échoué un projet de rapprochement avec Fiat Chrysler (FCA) qui aurait pu se concrétiser début 2019.
Selon Carlos Ghosn, l’objectif qu’il s'était fixé de rendre l’Alliance « irréversible » avait été interprété par les Japonais comme une volonté d’aboutir à une fusion pure et simple. Ce qui aurait conduit au complot mené par Nissan avec le soutien de l’Etat japonais.
L’ex-PDG de Renault a également certifié ne pas avoir démissionné de ses fonctions à la tête du groupe français, « contrairement à ce qui a été dit ».
Le parquet de Tokyo rejette les accusations de l’ex PDG
Carlos Ghosn fait l’objet de quatre inculpations au total au Japon : deux pour abus de confiance aggravé et deux pour des revenus différés non déclarés aux autorités boursières par Nissan (aussi poursuivi sur ce volet), notamment des montants qu’il devait toucher après sa retraite estimés par la justice à 9,23 milliards de yens (74 millions d’euros) de 2010 à 2018. L’ex PDG a martelé que ces montants n’avaient pas été décidés et encore moins versés.
Dans un communiqué publié après la conférence de presse, le parquet de Tokyo a rejeté les accusations de Carlos Ghosn. Les procureurs ont estimé que l’ancien patron de Renault et Nissan n’avait pas réussi à justifier ses actes lors de sa conférence de presse à Beyrouth et ne devait s’en prendre qu'à lui-même pour son arrestation et sa détention.
« Carlos Ghosn a fui le Japon en agissant d’une manière qui constitue en elle-même une infraction. Ses déclarations lors de sa conférence de presse aujourd’hui n’ont pas permis de justifier ses actes », a déclaré le bureau des procureurs du district de Tokyo.
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