Canberra cède au protectionnisme économique afin de préserver la coalition au pouvoir

Le Trésor australien a rejeté vendredi l’offre amicale de 1,9 milliard d’euros de l’américain ADM sur GrainCorp, jugée contraire aux intérêts nationaux
Benoît Menou

Plaidant l’application de la loi sur les Acquisitions étrangères, le secrétaire au Trésor australien Joe Hockey a rejeté vendredi l’offre du géant américain du négoce de céréales Archer Daniels Midland (ADM) visant GrainCorp. Une offre amicale de 2,8 milliards de dollars locaux (1,9 milliards d’euros) lancée en avril dernier.

La décision du gouvernement australien est aux antipodes des attentes, après que l’approbation de l’autorité de la concurrence semblait avoir levé le dernier obstacle. Joe Hockey a qui plus est précisé avoir pris sa décision alors même que les avis étaient partagés au sein du comité en charge du dossier, le Foreign Investment Review Board, qui s’était montré incapable de dégager un consensus.

La surprise a entraîné un plongeon de 22% du titre GrainCorp à Sydney, en deçà du cours précédant l’annonce de l’opération.

Le contexte politique éclaire la scène. Au pouvoir depuis deux mois seulement, le Premier ministre libéral Tony Abbott compose notamment au sein d’une coalition avec les conservateurs du Parti National, dont le chef Warren Truss occupe le poste de vice-Premier ministre. Un allié qu’il ne s’agit pas de froisser au regard de sa forte représentativité auprès du monde agricole. Le Trésor a ainsi justifié sa décision par la période de transition que traverse actuellement le secteur dans le sillage de la dérégulation des années 2000.

Joe Hockey a tout de même assuré que le pays restait ouvert à l’investissement étranger, que celui-ci était vital pour l’économie depuis la naissance du pays. Le secrétaire au Trésor a clamé qu’il s’agissait de la première demande d’investissement étranger qu’il a eue à rejeter sur les 131 déjà étudiées. Assurant que «le moment n’est pas venu» pour une acquisition par ADM, il a concédé qu’il ne s’opposerait pas à une éventuelle demande de la part de l’américain de prendre 5% supplémentaires du capital de GrainCorp, pour en détenir alors 24,9%.

L’Australie, deuxième exportateur mondial de blé, prend pourtant un risque économique en assumant le troisième plus important rejet jamais infligé à un prétendant étranger, après Shell qui visait Woodside Petroleum en 2001 pour 6,5 milliards et la Bourse de Singapour qui lorgnait celle de Sydney (ASX) pour 8,4 milliards en 2011. Sur douze mois à fin juin, le pays a engrangé 57,6 milliards de dollars australiens d’investissements directs étrangers, un chiffre en repli de 3%.

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