Bercy tente de clarifier son rôle d’actionnaire
L’audition hier d’Emmanuel Macron devant la commission des Finances du Sénat au sujet de l’Etat actionnaire a mis en évidence la contradiction dans laquelle se trouve la puissance publique: celle-ci est prise entre les besoins de financement de la filière énergétique française et la faiblesse des marchés financiers, qui complique la monétisation de certaines de ses participations.
Le ministre de l’Economie a rappelé que le portefeuille de l’Agence des participations de l’Etat (APE) avait été victime de sa surexposition aux secteurs du transport et de l’énergie, qui représentaient 68% de son portefeuille fin 2015 : « Hors énergie, le retour pour l’actionnaire de l’APE a atteint 29%, contre 12% pour le CAC 40 », a-t-il déclaré.
Dans l’énergie, qui a souffert de l’effondrement des prix depuis deux ans, l’Etat a fait preuve pendant des années d’«une vision très court terme et a laissé se diviser les acteurs de la filière, avec des approches non coopératives», en particulier EDF et Areva. Il a donc souligné la nécessité d’investir pour «réparer les erreurs passées et préparer le nouveau cycle».
«Faire payer le consommateur»
Le ministre s’est également exprimé sur les tarifs de l’électricité, dont la réglementation pèse sur EDF. «Le sujet des tarifs est de savoir qui paye: le consommateur ou le contribuable. L’Etat a longtemps considéré que faire payer le contribuable était plus indolore. Je suis favorable à faire payer le consommateur», a-t-il affirmé, ce qui implique une dérégulation des tarifs. Concernant les transports, il a souligné la nécessité à désensibiliser les sociétés de ce secteur à la commande publique, tout en leur offrant «une visibilité».
Dans ce contexte, Emmanuel Macron n’a pas fermé la porte à une rotation dans les actifs de l’APE, y compris pour les participations historiques. «On peut simplifier et alléger notre portefeuille, mais le contexte de marché est très défavorable», a-t-il déclaré. Un pragmatisme qui prévaut aussi dans les cas spécifiques comme Orange. «La question sur Orange n’est pas illégitime. Mais avec le déploiement actuel de la fibre et les conditions de marché, ce n’est pas le meilleur moment», précise-t-il.
Alors que l’Etat actionnaire est confronté à un dilemme lorsqu’il s’agit de voter sur les dividendes, Emmanuel Macron a estimé que STMicroelectronics, dont les Etats français et italien détiennent 27,5%, n’avait pas suffisamment baissé son dividende. «Le management ne répond plus à nos objectifs», a-t-il lancé.
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