Bercy s’oppose à la prise de contrôle du site Dailymotion par Yahoo

Le gouvernement refuse de voir le géant américain acquérir 75% du capital du site de vidéos en ligne, propriété de France Télécom
Yves-Marc Le Reour

Quelques jours après l’appel du chef de l’Etat aux investisseurs étrangers lors de son voyage en Chine, le protectionnisme fait un retour en force au sein du gouvernement français. Alors que Yahoo avait entamé des discussions avec France Télécom pour acquérir 75% du capital de Dailymotion, son site de vidéos en ligne, le Ministre du redressement productif Arnaud Montebourg a confirmé hier qu’il ne souhaitait pas voir le géant américain acquérir plus de la moitié du capital de la société, en arguant du fait que Dailymotion allait se faire «dévorer» par son concurrent d’outre-Atlantique.

Yahoo et France Telecom n’ont donc pu aboutir à un accord «satisfaisant pour l’ensemble des parties», a-t-il déclaré après avoir reçu à Bercy le numéro deux de Yahoo Enrique de Castro. Le ministre a ajouté qu’il privilégiait pour Dailymotion «un développement équilibré», citant l’accord de coopération entre Renault et Nissan. Le rachat de 75% de Dailymotion, une opération évaluée à quelque 300 millions de dollars (228 millions d’euros), aurait été la plus importante acquisition réalisée par la nouvelle directrice générale de Yahoo Marissa Mayer, arrivée il y a 10 mois en provenance de Google avec pour mission de redresser le groupe internet en déclin.

Fondé en 2005, Dailymotion, qui attire environ 120 millions de visiteurs uniques par mois et emploie 165 personnes, a été racheté en totalité par France Télécom en 2011. Il a atteint le seuil de rentabilité l’an dernier, en générant un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros. L’intervention du gouvernement français, qui détient encore 27% de France Télécom, n’a pas été du goût de Stéphane Richard, PDG de l’opérateur historique. «Dailymotion est une filiale d’Orange, et non de l’Etat. C’est le groupe, sa direction et son conseil d’administration qui gèrent ce dossier», indique ce dernier dans un entretien aux Echos. Il souligne en outre que la valeur de son investissement «a doublé ou triplé» en 2 ans.

«J’avais pourtant refusé que Yahoo! dispose d’une option pour acheter la totalité du capital de Dailymotion, et nous étions sur le point de trouver un arrangement», regrette Stéphane Richard. Alors que Yahoo va désormais se tourner vers d’autres cibles en Europe, c’est la stratégie de croissance à l’international de Daily Motion qui devra également être redéfinie.

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