Areva paie le fiasco financier d’UraMin

Le groupe perdra entre 1,4 et 1,6 milliard d’euros en 2011 après la dépréciation de cet actif
Olivier Pinaud
Luc Oursel président du directoire d'Areva. Photo: Hamilton/REA
Luc Oursel président du directoire d'Areva. Photo: Hamilton/REA  - 

Nommé par l’Etat à la présidence du directoire d’Areva en juin 2011, Luc Oursel solde l’héritage des « années Anne Lauvergeon ». Achetés 1,8 milliard d’euros en 2007, les projets miniers d’UraMin ne valent plus que 410 millions. 800 millions d’euros de provisions supplémentaires sont également passés sur différents risques potentiels. A côté, le contrecoup de Fukushima ne coûtera «que» 100 millions. Au bout du compte, avec 2,36 milliards de provisions, le groupe de nucléaire accusera en 2011 une perte opérationnelle de 1,4 à 1,6 milliard d’euros.

Déjà, en 2010, la valeur d’UraMin avait été réduite de 426 millions d’euros. En quatre ans, les trois projets miniers (Namibie, République centrafricaine et Afrique du Sud) de cette société créée en 2005 ont donc été dévalorisés de 77%. «A elles seules, les dates des notes consultées dans les services de l’Agence des participations de l’Etat amènent à mettre en doute le caractère optimal du processus décisionnel qui a conduit à l’acquisition d’UraMin par Areva», révélait en octobre 2011 le rapport du député PS Marc Goua sur Areva. L’opération a en effet été menée en mai 2007, entre le deuxième tour des élections présidentielles et le premier tour des élections législatives.

«Alors que le ministre de l’Économie est censé expédier les affaires courantes, ou qu’il vient tout juste d’être nommé, les services lui recommandent, voire lui présentent comme inéluctable, une acquisition de très grande ampleur, indique le rapport. L’intervalle entre ces deux dates est prétendument mis à profit pour effectuer des diligences complémentaires. L’enjeu principal est celui des réserves d’uranium, ce qui suppose une exploration matérielle sur place. Dans un laps de temps si court, le supplément d’information ne peut pourtant être que de nature scripturale».

Areva paie donc aujourd’hui au prix fort cette précipitation. Trois membres du conseil de surveillance d’Areva devront faire la lumière sur cette acquisition, la plus importante de l’histoire du groupe, et «en tirer des enseignements». Le rapport est attendu début 2012.

En attendant, «l’affaire UraMin», associée aux autres dérives, va coûter entre 1,4 et 1,6 milliard d’euros de fonds propres à Areva. De quoi annihiler l’augmentation de capital de 900 millions d’euros de décembre 2010, dans laquelle le fonds souverain du Koweit avait injecté 600 millions aux côtés de l’Etat français. L’opération a été réalisée à un cours de 32,5 euros. Hier, l’action Areva a fini en baisse de 5,56% à 19,20 euros.

Les fonds propres du groupe devraient retomber aux environs de 6,5 milliards d’euros face à une dette estimée à plus de 3,8 milliards. Selon un analyste, qui attendait toutefois les détails que doit communiquer Luc Oursel ce matin, le groupe ne devrait pas connaître de tensions de liquidités à court terme. Les provisions n’ont pas de conséquence sur la trésorerie brute et Areva promet de céder pour 1,2 milliard d’euros d’actifs. La nature de ces cessions n’a pas été détaillée, mais la vente de la part de 26% au capital d’Eramet devrait constituer la principale opération.

Aucune précision n’était apportée hier sur de possibles réductions d’effectifs en France. Mais la direction d’Areva prévoit de baisser les charges du groupe de 1 milliard d’euros par an, à l’horizon 2015, soit 10% de la base de coûts actuelle.

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