ArcelorMittal finalise son recentrage
Après s’être concentré depuis plusieurs années sur la rationalisation de ses outils de production en Europe, ArcelorMittalva se désengager presque totalement des Etats-Unis. Conseillé par BoA Securities, le sidérurgiste luxembourgeois a annoncé hier la signature d’un accord contraignant avec Cleveland-Cliffs, un producteur de boulettes de minerai de fer, en vue de lui céder sa filiale ArcelorMittal USA pour 1,4 milliard de dollars sur la base des fonds propres. Environ 36% de ce montant sera réglé par l’acquéreur en numéraire et le reste sera payé en actions ordinaires et préférentielles.
Le groupe américain, basé dans l’Ohio, reprendra en outre les dettes de la filiale qui comprennent un passif net de 500 millions de dollars et des engagements de retraite évalués à 1,5 milliard. Au total, la valeur d’entreprise de la cible, qui s’élève à 3,4 milliards de dollars, «représente 6 fois l’excédent brut d’exploitation (Ebitda) moyen calculé sur la période allant de 2017 au premier semestre 2020 et 8 fois l’Ebitda 2019», a précisé lors d’une conférence téléphonique Aditya Mittal, directeur financier d’ArcelorMittal. L’action de l’aciériste européen a fini sur un gain de 10,9% à 11,44 euros sur Euronext Amsterdam.
A l’issue de la transaction qui devrait être menée à bien dans le courant du quatrième trimestre 2020 en l’absence de risques anticoncurrentiels significatifs, le sidérurgiste détiendra initialement 16% du capital de Cleveland-Cliffs, avec obligation de conserver ces titres durant six mois. ArcelorMittal considère cette participation comme purement financière et ne prévoit pas de demander de représentant au conseil d’administration du fabricant américain. Ceci lui permettra cependant de tirer parti des synergies de coûts dégagées par la nouvelle entité, estimées annuellement à 150 millions de dollars par l’acquéreur.
Cette opération est cohérente avec les «changements structurels» mentionnés par l’aciériste en juillet pour faire face à l’impact négatif de la crise sanitaire sur la demande mondiale. «La nécessité d’une consolidation dans l’acier était patente», relève pour sa part Colin Hamilton, responsable de la recherche sur les matières premières chez BMO Capital Markets. «La faiblesse des capacités d’utilisation pèse sur les marges et les taux d’intérêt très bas représentent un frein au recul de l’offre», ajoute-t-il.
Des ventes en chute de 43% sur un an
Au deuxième trimestre 2020, ArcelorMittal a enregistré une perte nette de 559 millions de dollars pour des ventes de 11 milliards, en chute de 43% sur un an. Après avoir suspendu cette année le versement de son dividende, il visait des cessions d’actifs d’environ 2 milliards de dollars, un objectif atteint avec la vente de sa filiale américaine. Il cible toujours un endettement net de 7 milliards de dollars, à comparer à un niveau de 7,8 milliards au 30 juin dernier, mais estime que l’amélioration de sa structure financière lui permet d’être plus généreux avec ses actionnaires.
Le produit de ce désengagement servira donc à hauteur de 500 millions de dollars à la mise en place immédiate d’un programme de rachats d’actions qui devra être mené à bien au plus tard le 31 mars 2021. «Cette transaction est une opportunité unique pour ArcelorMittal de débloquer de la valeur de façon significative pour les actionnaires», explique son PDG, Lakshmi Mittal. La famille Mittal ne participera pas à ce programme de rachat d’actions, ce qui aura un effet relutif sur sa participation au capital du groupe luxembourgeois.
Les ventes d’ArcelorMittal en Amérique du Nord représentaient l’an dernier 18,4 milliards de dollars, soit près d’un quart de son chiffre d’affaires consolidé. Les actifs cédés, qui représentent des ventes de 9,9 milliards de dollars, incluent six usines de production d’acier, huit usines de traitement de surface, deux usines de transformation de minerai de fer et trois unités de fabrication de coke et de charbon. Le sidérurgiste conservera néanmoins une présence importante dans cette région par le biais du producteur canadien intégré Dofasco, de sa filiale ArcelorMittal Mexico spécialisée dans la production d’acier à bas coût et d’AM/NS Calvert, sa coentreprise américaine avec Nippon Steel.
De son côté, Cleveland-Cliffs deviendra le premier producteur américain d’acier plat devant son rival Nucor, avec des ventes en volume d’environ 17 millions de tonnes en données pro forma 2019. Afin de réduire ses coûts et d’accroître son exposition à l’industrie automobile, il avait déjà pris le contrôle en mars dernier de son compatriote AK Steel pour une valeur d’entreprise de 3 milliards de dollars.
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