Antonio Tajani veut pouvoir surveiller les investissements chinois en Europe
A quand un «Committee on Foreign Investment in the European Union» sur le modèle du CFIUS américain ? Le commissaire européen à l’Industrie Antonio Tajani doit profiter d’une apparition devant la presse mercredi à Paris, au côté du ministre délégué à l’Industrie Eric Besson, pour en dire plus sur ce projet d’Agence européenne chargée d’examiner les investissements étrangers dans des secteurs clés, apparu soudainement sur l’agenda européen début décembre.
A l'époque, il avait déclaré qu’il n’avait « rien contre les investissements étrangers en Europe, dès lors qu'à la fin les règles de la concurrence sont respectées ». La tension était alors à son comble dans l’affaire Draka, le champion néerlandais du câble, convoité par Prysmian, son concurrent italien, et un obscur groupe chinois, Xinmao. Fin décembre, Antonio Tajani avait récidivé en déclarant au quotidien Handelsblatt: «Les entreprises chinoises ont les moyens d’acheter de plus en plus d’entreprises européennes avec des technologies-clés dans des secteurs importants… C’est une question d’investissement mais, au-delà, il y a une stratégie à laquelle l’Europe doit répondre politiquement».
Cette semaine à Paris, il devrait en dire un peu plus. L’idée consisterait à rendre possible une coopération entre autorités nationales déjà compétentes pour le contrôle des investissements stratégiques. «Beaucoup d’Etats disposent déjà d’instruments», indique une source européenne. «Mais dans de plus en plus de cas, la compétence d’un pays en particulier n’est pas évidente. On ne sait pas qui est responsable» de l’examen de l’investissement. D’où l’utilité d’une «aide supplémentaire», ajoute cette source.
Les déclarations d’Antonio Tajani sont en rupture avec le discours habituel de Bruxelles, où ses propres services ont été pris de cours. La communication de la Commission sur la politique industrielle publiée en décembre après des mois de consultations internes n’aborde à aucun moment le sujet. Jusqu'à présent, la ligne a plutôt été au contraire de s’attaquer aux instruments de défense contre les prises de contrôle, tels que les golden shares, au nom de libre circulation des capitaux ou de la protection des investisseurs. Ce changement de cap plaît de toute évidence à Paris. Mais il faudra de longs mois pour convaincre le reste de la Commission et éventuellement aboutir à une proposition concrète. Antonio Tajani sera jeudi à Berlin où il abordera notamment ce sujet.
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