Amazon et Google comptent plus que jamais sur le «cloud»
Alphabet, maison mère de Google, et Amazon, ont publié mardi soir des résultats record, portés tant pour 2020 que ce début d’année par la pandémie, le confinement, l’essor du e-commerce, et le télétravail. Comme cela a déjà été le cas pour d’autres géants technologiques la semaine dernière, Facebook, Apple et Microsoft. Et donc le recours inévitable aux services numériques et de «cloud computing», ces services informatiques à distance (serveurs, stockage, mise en réseau, logiciels).
Seuil des 100 milliards de recettes trimestrielles
Amazon a publié des chiffres record, tirés tant par son activité de e-commerce que par celle liée au «cloud». Le groupe a annoncé un chiffre d’affaires net de 125,56 milliards de dollars (104,26 milliards d’euros) pour le quatrième trimestre 2020, en hausse de 44%, explosant les prévisions de 119,7 milliards de dollars d’Ibes/ Refinitiv. Autre record, Amazon dépasse ainsi pour la première fois les 100 milliards de dollars de recettes trimestrielles.
Surtout, avec 386 milliards de dollars de revenus en 2020 (+37,6%), et un résultat net de 21 milliards de dollars (+84%), Amazon est maintenant quatre fois plus gros que Facebook.
De même, 2020 a été une année record pour Alphabet, avec 56,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires au dernier trimestre, en hausse de 23% sur un an. Ces chiffres restent tirés par les activités publicitaires de Google, incluant YouTube, qui pèsent 81% du chiffre d’affaires. Cependant, son chiffre d’affaires global n’a progressé que de 12,8% en 2020, sa plus faible performance depuis la crise de 2009. En partie parce qu’elle voit son avance sur le marché de la publicité en ligne se réduire à mesure du développement d’Amazon sur ce segment.
Les marchés ont accueilli diversement ces résultats mercredi, Google voyait son cours bondir de 7,07% à l’ouverture à Wall Street, pour clôturer à 2.058,88 dollars (+7,28%), quand Amazon clôturait en baisse de 2% .
Les cours respectifs de Bourse de Microsoft et Google ont bondi de 67% et de 40% sur l’année 2020. Des progressions importantes qui ont porté leurs capitalisations à 1.690 milliards de dollars pour Amazon et 1.420 milliards pour Alphabet.
Successeur naturel de Jeff Bezos
L’un comme l’autre, le géant du e-commerce et le leader de la publicité en ligne ont un point commun : ils mettent les bouchées doubles sur leur florissante activité de cloud. Un segment devenu d’autant plus rentable, tant auprès des entreprises que de particuliers, à l’heure où le télétravail quasi-généralisé rend de plus en plus indispensables ces services de stockage de données sur des serveurs distants.
Symbole de taille, Amazon a annoncé mardi le départ de son emblématique patron-fondateur Jeff Bezos, âgé de 57 ans, 27 ans après qu’il a fondé l’entreprise, au départ simple site de vente de livres. Il quittera au troisième trimestre ses fonctions de directeur général et restera président exécutif. Point révélateur, son successeur désigné, Andy Jassy, 53 ans, est certes un pur produit Amazon, qu’il a intégré en 1997. Mais surtout, c’est lui qui a fondé la division Amazon Web Services (AWS) en 2006. Alors que ce n’était pas un domaine naturel pour Amazon, à l’époque simple entreprise de retail. «Son parcours montre à quel point ces services sont une priorité dans la stratégie d’Amazon», souligne Tom Johnson, de l’agence média Mindshare Worldwide. Surtout, la nomination d’Andy Jessy comme CEO «signifie une continuité dans les sujets-clé pour Amazon», salue UBS dans une note d’analyse, qui maintient sa notation à «Acheter», visant 4.150 dollars par action. La banque prévoit déjà qu’Amazon restera en ligne avec ses priorités, «le e-commerce, le cloud, la consommation des médias, la publicité en ligne et les assistants vocaux».
Certes, la division AWS a un peu déçu les analystes avec ses derniers résultats, inférieurs aux attentes. Elle a publié un chiffre d’affaires de 12,7 milliards de dollars au dernier trimestre 2020, contre un consensus de 12,8 milliards. Mais c’est devenu une entité qui génère quelque 50 milliards de dollars par an.
Et AWS reste numéro un mondial du secteur, devant les activités cloud de Microsoft puis de Google. Il détient 45% des parts de marché, relevait en 2019 l’institut Gartner.
+46% en un an pour Google Cloud
Loin derrière, Google tire cependant son épingle du jeu avec sa division cloud, qui a aussi bénéficié de la pandémie. Google Cloud affiche 3,83 milliards de dollars de chiffre d’affaires au quatrième trimestre, et de 13,1 milliards pur l’ensemble de l’année 2020 – une hausse de 46% par rapport à 2019. Preuve de l’importance que la firme de Mountain View y accorde, elle a pour la première fois présenté ses résultats en distinguant son activité «cloud» dans un pôle à part entière, à côté des pôles Google Services et «Autres paris». «Nos résultats solides ce trimestre reflètent (…) la transition accélérée vers les services en ligne et le cloud», a ainsi commenté le CEO d’Alphabet, Sundar Pichai, dans un communiqué. Google a d’ailleurs commencé à attirer des clients de premier plan, comme Ford, qui en a fait l’annonce lundi.
Elle a aussi communiqué pour la première fois les coûts engendrés par son activité dans le cloud, ce qui permettra aux investisseurs de mieux évaluer les performances de la division face à ses concurrents. Or cette activité de «cloud» est loin d’être rentable pour Google : elle a enregistré une perte d’exploitation de 1,24 milliard de dollars au quatrième trimestre, et de 5,6 milliards sur l’année 2020 (+46% par rapport à 2019).
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