Alstom et Siemens officialisent leur union
Alstom et Siemens Mobility se marient pour donner naissance au numéro deux mondial du matériel et des services ferroviaires derrière le chinois CRRC. L’opération a été approuvée en début de soirée à l’unanimité par le conseil d’administration du groupe français et par le conseil de surveillance de l’allemand.
Siemens va apporter ses actifs ferroviaires (matériel roulant et signalisation) en échange d’actions Alstom. Le groupe allemand détiendra ainsi 50% du capital de la nouvelle société baptisée Siemens Alstom. Les actionnaires actuels d’Alstom détiendront le solde du capital, Bouygues en tête. Le groupe de construction détiendra en théorie environ 14% du capital. Il s’est pour l’instant engagé à conserver l’intégralité de ses actions Alstom jusqu'à l’assemblée générale extraordinaire du groupe qui sera réunie en 2018. L’Etat français, qui dispose jusqu'à mi-octobre 2017 de 20% du capital d’Alstom prêté par Bouygues, ne fera pas partie du futur tour de table. Il a confirmé hier soir qu’il n’exercerait pas ses options lui permettant d’acheter les 20% du capital.
L’Etat français « soutient également la transaction basée sur les engagements de Siemens incluant » celui de ne pas dépasser « 50,5% du capital d’Alstom pour une période de 4 ans après la réalisation de l’opération et également certaines protections de gouvernance, d’organisation et d’emploi ». Siemens pourra après ces 4 années acheter 2% du capital supplémentaires en exerçant des bons de souscription d’actions.
Pour assurer la parité au capital entre Siemens et les actionnaires d’Alstom, ce dernier versera deux dividendes spéciaux de 4 euros par action chacun, représentant un montant total de 1,8 milliard d’euros.
La nouvelle entité sera dirigée par Henri Poupart-Lafarge, l’actuel directeur général d’Alstom. Jochen Eickholt, l’actuel directeur général de Siemens Mobility devrait assumer une responsabilité importante dans la nouvelle entité, indique le communiqué.
La société sera cotée à la Bourse de Paris avec le siège de groupe en France. Le conseil d’administration sera composé de 11 administrateurs. 6 seront nommés par Siemens, dont le président. Quatre sièges seront occupés par des indépendants, dont trois choisis par Alstom. Henri Poupart-Lafarge complètera le conseil.
Malgré sa position d’actionnaire majoritaire, Siemens n’aura pas à lancer d’offre publique sur le solde du capital d’Alstom. Le réglement général de l’Autorité des marchés financiers (AMF) prévoit l’octroi d’une dérogation lorsque l’opération prend la forme d’un apport d’actifs soumis au vote des actionnaires en assemblée générale.
Le nouveau groupe réalisera un chiffre d’affaires de 15,3 milliards d’euros, apporté quasiment à parts égales par Siemens Mobility et Alstom, contre 37 milliards environ pour CRRC. Le résultat d’exploitation s'élèvera à 1,2 milliard. Des synergies annuelles de 470 millions d’euros sont attendues au plus tard 4 ans après la réalisation de l’opération. Celle-ci aura lieu d’ici la fin de l’année 2018. Le groupe aura alors une trésorerie nette comprise entre 500 millions et 1 milliard d’euros.
Alstom est conseillé par Rothschild et Cleary Gottlieb. JPMorgan épaule le conseil d’administration du groupe français. BNP Paribas est du côté de Siemens avec Latham & Watkins.
Le projet de mariage a suscité de vives réactions politiques en France ces dernières heures. «Est-ce aujourd’hui la fin d’Alstom ? Le TGV va-t-il devenir allemand? Pourquoi le gouvernement accepte-t-il un tel déséquilibre ?», s’est interrogé sur Twitter le député Les Républicains Eric Woerth, qui fut ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy. Christian Estrosi approuve pour sa part l’idée de bâtir un géant européen du ferroviaire pour résister à la concurrence de CRRC mais à condition que l’«égalité» soit assurée entre le français et l’allemand. La question sociale figure aussi au rang des préoccupations politiques.
Côté syndical, l’inquiétude est palpable. Avant l’annonce officielle, Claude Mandart, délégué CFE-CGC chez Alstom, a estimé sur franceinfo que le rapprochement n’avait rien d’un «mariage». «C’est purement une vente d’Alstom à Siemens», selon lui.
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