Alcatel-Lucent veut aligner sa structure de coûts sur ses concurrents
Le couperet est tombé. Trois mois après avoir annoncé le lancement d’un énième plan de restructuration, baptisé «Shift», censé concentrer le groupe sur quelques technologies (IP, très haut débit fixe, 4G), la direction d’Alcatel-Lucent a confirmé hier vouloir supprimer 15.000 postes à travers le monde, dont 5.000 seront compensés par des embauches.
Ces 10.000 suppressions d’emplois nettes représentent environ 14% des effectifs totaux du groupe. Il s’agit du sixième plan social lancé par l’équipementier en télécoms depuis la fusion fin 2006 entre Alcatel et Lucent, le deuxième plus important après les 12.500 suppressions de postes engagées dans la foulée du rapprochement.
Malgré plus de 20.000 suppressions brutes d’emplois cumulées depuis 2006, avant le plan d’hier, Alcatel-Lucent n’a pas réduit ses effectifs nets dans les mêmes proportions. Fin 2006, le groupe employait 80.500 personnes, dont 13.000 en France. Six ans plus tard, il comptait encore 72.300 salariés dans le monde et 9.483 dans l’Hexagone, selon ses documents de référence. Mais alors qu’ils ont fondu en France, en Europe et aux Etats-Unis, les effectifs ont progressé en Asie, passant de 15.589 à plus de 22.300 salariés.
Cette bascule vers une région moins coûteuse en main d’œuvre n’a pas suffi à rétablir la rentabilité du groupe, incapable de s’autofinancer depuis la fusion de 2006. Fin 2012, Alcatel-Lucent affichait un chiffre d’affaires par employé de 257.000 dollars, contre 305.000 dollars pour Ericsson et 313.500 pour NSN. Avec 10.000 employés de moins, Alcatel-Lucent reviendrait autour de 315.000 dollars par salarié, en supposant que le plan ne lui fasse pas perdre de chiffre d’affaires dans un contexte concurrentiel toujours aussi vif, et que la nouvelle stratégie soit commercialement payante.
La mise en œuvre de «Shift» doit abaisser d’un milliard d’euros les coûts fixes d’Alcatel-Lucent, soit plus de 15% de sa base annuelle actuelle, et lui permettre de recommencer à générer des cash flows en 2015 afin de faire face aux échéances de dette simplement repoussées dans le temps ces derniers mois. Elle coûtera néanmoins près de 2 milliards d’euros de charges de restructuration entre 2013 et 2015. Des cessions d’actifs voire une augmentation de capital ne sont pas exclues dans les prochains mois afin de couvrir ces besoins de liquidités. Le rebond de 171% du cours de Bourse depuis le début de l’année pourrait faciliter une opération de marché.
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