Un nouvel indicateur perturbe la lecture des comptes des banques
Un néologisme vient de faire son apparition dans la comptabilité bancaire. Son nom: le FVA, pour funding valuation adjustment. Une méthode censée prendre en compte le coût de financement implicite des banques pour les transactions sur produits dérivés qui ne sont pas garanties par des collatéraux.
Reste que ce concept menace de brouiller un peu plus la lecture des comptes des banques.
L’effet FVA a commencé à être intégré dans les comptes du quatrième trimestre. Pour JPMorgan, il s’est traduit par une charge supplémentaire de 1,5 milliard de dollars. «Le groupe a mis en place un cadre FVA pour ses dérivés de gré à gré et ses produits structurés, qui reflète la manière dont l’industrie intègre dans ses valorisations le coût ou le bénéfice du financement non sécurisé», a expliqué la banque. Deutsche Bank a aussi fait état du FVA dans ses comptes du dernier trimestre publiés dimanche, avec des gains (83 millions d’euros) ou de pertes (jusqu’à 276 millions) selon les divisons.
En théorie, la valeur d’un dérivé se calcule comme la valeur présente des différents cash-flows du produit. Mais la crise financière, et notamment la chute de Lehman, ont montré que ces flux n’étaient pas certains lorsque la contrepartie fait défaut et lorsque le dérivé n’est pas garanti par du collatéral. Le CVA (counterparty risk adjustment) a été mis en place pour quantifier ce risque. Un deuxième indicateur, le DVA (debt valuation adjustment) mesure les gains et pertes liés au propre spread de crédit de la banque, avec un effet contre-intuitif désormais bien connu sur les résultats, qui augmentent quand la qualité de crédit se dégrade.
Le FVA, lui, mesure schématiquement ce qu’il en coûte à la banque de financer un dérivé sans collatéral. JPMorgan l’exprime par un spread au-dessus du Libor. Cet indicateur devrait en partie compenser l’effet DVA. «Le recouvrement entre le FVA et le CVA/DVA est significatif et inextricable», estime le cabinet KPMG dans un document publié fin décembre.
Pire, Goldman Sachs a indiqué lors de ses résultats qu’elle tenait compte du FVA depuis 2010… alors que Morgan Stanley n’a pas encore trouvé de raison valable pour le faire. Sa directrice financière Ruth Porat a déploré «un manque de transparence sur le marché». Chaque banque appliquant sa méthode sans plus de précisions, la comparaison des comptes en devient encore plus complexe.
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