S&P a ignoré ses propres méthodes de notation des CDO
La lecture de la plainte au civil déposée par le département de la Justice américain (DoJ) à l’encontre de Standard & Poor’s (S&P) a de quoi faire froid dans le dos aux investisseurs de titrisations. Le DoJ n’hésite pas à affirmer que l’agence, soucieuse de préserver ses parts de marché, a délibérément ignoré certains critères méthodologiques fraîchement adoptés pour tenir compte de l’écroulement du marché immobilier.
Dans sa plainte déposée début février, le DoJ explique que le 18 juillet 2007, S&P a annoncé qu’elle lierait la notation de certains titres de dette adossés à des obligations (CDO) à celle d’obligations adossées à des prêts hypothécaires résidentiels (RMBS). L’idée était de mieux tenir compte de l’impact potentiel de la dégradation de RMBS sur les CDO qui y étaient exposés.
«En réalité, S&P n’a pas appliqué cette politique de «notching» de façon cohérente pour tous les deals. A la place, elle a travaillé avec les émetteurs pour utiliser une analyse des opérations au cas par cas qu’elle n’a jamais révélée au public», écrit l’administration américaine. «Quand cette analyse montrait que l’application de la politique de ‘notching’ pouvait interférer avec la capacité de S&P à noter un CDO, S&P utilisait plusieurs méthodes pour contourner sa méthodologie rendue publique et ainsi noter le CDO».
L’administration prend l’exemple du CDO Delphinus qui était adossé à des RMBS de mauvaise qualité. Selon elle, les analystes de S&P ont tenté d’appliquer la méthode qui avait été annoncée le jour même de l’opération. Mais ils ont découvert qu’elle mettait en péril quatre de ses tranches. Ils auraient donc atténué l’effet des nouveaux critères et noté le CDO le 19 juillet. Toujours selon le DoJ, les analystes de S&P auraient passé en revue et modifié la notation de centaines de RMBS sans tirer les conséquences de la nouvelle méthode. Les notes d’au moins huit CDO de quelque 8,8 milliards de dollars auraient été ainsi surévaluées entre septembre et octobre 2007.
Dans un communiqué Standard & Poor’s a affirmé qu’elle avait toujours noté les RMBS et les CDO au mieux, en fonction de l’information disponible. L’agence souligne par ailleurs qu’elle a investi 400 millions de dollars en cinq ans pour tirer les leçons de la crise et rendre ses méthodes plus exigeantes. Mais hier, McGraw Hill, actionnaire de l’agence, s’est dit ouvert à un règlement amiable.
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