Retraites, la demi-vérité des chiffres de la Cour des comptes
Mal compter les choses, c’est ajouter au malheur de nos finances publiques. La Cour des comptes a livré sa «vérité des chiffres», selon le mot de son président Pierre Moscovici, sur la trajectoire de notre système de retraite. Le verdict est sans appel. Les déficits atteindront 15 milliards d’euros par an d’ici à 2035 sans nouvelle réforme, et le double dans vingt ans. Il est aussi incomplet. En écartant la méthode de calcul défendue par l’inspecteur des finances Jean-Pascal Beaufret et reprise à son compte par le premier ministre François Bayrou, l’institution a choisi de maintenir l’épais brouillard autour des retraites des fonctionnaires. Un écran de fumée qui cache un trou estimé aujourd’hui à 80 milliards d’euros et expliquant près de la moitié du déficit public.
Les sages de la rue Cambon ont beau jeu d’expliquer que ces arguties comptables ne changent rien aux équilibres globaux. Il n’y a pas, en effet, de déficit caché. La poche de l’Etat employeur, obligé de surcotiser pour équilibrer le régime, et celle du contribuable, sont au fond la même chose. Mais l’absence de présentation globale des dépenses et des recettes biaise les débats. Pierre Moscovici l’avoue lui-même à demi-mot : afficher d’emblée l’abyssal déficit des retraites des fonctionnaires, c’était prendre le risque de braquer une partie des partenaires sociaux et de tuer dans l’œuf les négociations qui vont s’ouvrir entre patronat et syndicats.
Le fameux conclave traitera donc d’une situation grave, mais pas aussi désespérée qu’elle ne l’est en réalité. Avec la demi-vérité voire le mensonge par omission de la Cour des comptes, le risque est d’aboutir une nouvelle fois à des bricolages paramétriques autour de l’âge de départ, de la durée et du niveau de cotisation. Sans jamais questionner le choix de société qui mène peu à peu la France dans l’impasse : celle d’un pays de vieux, dirigé pour les vieux, qui sacrifie au niveau de vie des retraités celui des jeunes actifs, et au maintien des pensions actuelles les investissements dans l’avenir.
A lire aussi : L’Erafp fête ses 20 ans de retraite par capitalisation à la française
Plus d'articles du même thème
-
Kevin Warsh doit encore gagner ses galons de banquier central
Le président de la Fed a échoué le 29 juillet à rendre crédible sa posture de «faucon», comme le montrent les réactions de marché à la suite de sa conférence de presse. Sa stratégie de communication devra évoluer. -
Un rapport parlementaire appelle les fonds de pension au secours de la souveraineté
Le rapport commandé par le premier ministre à la suite du dossier LMB Aerospace juge indispensable la mise en place d'un étage de retraite par capitalisation pour financer la souveraineté industrielle de la France. -
Reformater l’Allemagne, acte II
En engageant des réformes structurelles importantes, l'Allemagne a lancé un pari audacieux dont certains résultats ne seront réellement visibles que sur le long terme. Gilles Moëc, le chef économiste du groupe Axa, considère néanmoins que cela pourrait inspirer d’autres pays européens.
ETF à la Une
First Trust et Global X ETFs rejoignent la course aux ETF spatiaux
- La Société Générale affiche une forme olympique avant un nouveau plan à trois ans
- Les investisseurs troquent leurs carrés Hermès contre des sacs Gucci
- La Société Générale augmente sa cible de rentabilité et va racheter 1,5 milliard d'euros d'actions
- L’IA irrigue la croissance des entreprises du CAC 40
- Citadel vole au secours d'un concurrent mis au tapis par la correction de la tech
Contenu de nos partenaires
-
PrudenceLa France durcit le contrôle des capitaux étrangers
Un seuil a été abaissé pour examiner plus fréquemment les mouvements de capitaux dans les sociétés sensibles. Mais des parlementaires ont plaidé récemment pour une véritable doctrine de sécurité économique -
Juger au mériteEntreprises : pourquoi les rémunérations s’individualisent
Après une pause post-Covid, les grands groupes français renouent avec les augmentations salarié par salarié -
Clash of clansDans le Michigan, la primaire démocrate qui dit tout de la crise du parti
Dans cet Etat pivot conquis par Donald Trump, les militants doivent choisir entre un candidat populiste et une modérée pour reprendre le contrôle du Sénat. Et décider de la direction que doit prendre le parti démocrate d'ici à 2028