Quand les urgences climatique et sécuritaire convergent
L’Europe a décidé de se sevrer du gaz russe. Dommage qu’il ait fallu attendre l’invasion de l’Ukraine pour prendre conscience de notre dépendance à l’égard de régimes autocratiques. La guerre était impensable et imprévisible, mais les faiblesses européennes qu’elle met au jour auraient pu être identifiées bien plus tôt.
Il y a deux ans, la pandémie de Covid avait suscité les promesses d’un monde d’après, moins énergivore et plus propre. Promesses largement non tenues, l’usage du charbon ayant augmenté l’an dernier. Mais la crise actuelle, et les dislocations qu’elle entraîne pour les marchés du gaz et du pétrole, forcent enfin l’Europe et ses Etats membres à appréhender le sujet de la transition énergétique dans toutes ses composantes. Ils ne l’avaient fait jusqu’à présent que par le biais de grandes déclarations d’intention et de « Green Deals » pour réduire à zéro leurs émissions nettes de gaz à effet de serre. Des initiatives qui, dans la logique communautaire, au gré des compromis et des trilogues, aboutissent à des textes mettant par exemple sur le même plan le gaz et le nucléaire, comme le fait la taxonomie des industries éligibles aux investissements verts.
Il manquait jusque-là un plan cohérent, qui concilie la sortie des combustibles fossiles avec la préservation d’une souveraineté énergétique et économique. La crise russe fait en partie coïncider ces deux objectifs. Elle accroît la nécessité d’investissements massifs dans les énergies renouvelables, qui ont l’immense avantage d’être nationales et infinies, comme l’a rappelé la directrice générale d’Engie, mais l’immense inconvénient d’être intermittentes, gourmandes en métaux produits en dehors du continent, et difficiles à stocker. Elle replace aussi l’atome au centre du mix énergétique – pour peu que l’escalade militaire en Ukraine ne débouche pas sur un accident nucléaire. Elle souligne, enfin, que les politiques européennes de libéralisation des marchés de l’énergie ne peuvent résoudre seules des problèmes si complexes, lorsqu’elles n’aboutissent pas à des résultats aussi absurdes qu’un EDF subventionnant à fonds perdus ses concurrents.
En attendant ce plan d’ensemble, les perspectives immédiates paraissent bien sombres. Un recours accru au charbon et aux autres grands bassins pétroliers et gaziers se profile, à rebours des engagements vers le « net zéro ». La flambée des prix de l’énergie est partie pour durer alors que la reconstitution des stocks pour l’hiver 2022-2023 constitue l’enjeu des prochains mois. La stagflation redevient un mot à la mode. Faute de remède miracle à court terme, jamais depuis les années 1970 l’exigence de sobriété énergétique n’aura donc été aussi forte. Souhaitons que l’urgence de sécurité nationale mobilise davantage les foules que ne l’a fait pour l’instant l’urgence climatique.
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