Morgan Stanley perd du terrain sur ses concurrentes
Comparaison n’est sans doute pas raison, mais les investisseurs n’en ont cure: ils se sont détourné de Morgan Stanley hier matin, la banque ayant affiché une perte surprenante de 91 millions de dollars au troisième trimestre, contre un bénéfice net de 498 millions un an plus tôt et de 1,6 milliard au deuxième trimestre. Cette perte intègre une dépréciation de 229 millions liée au projet immobilier Revel Entertainment dans le New Jersey. Mais ses concurrentes (principalement Goldman Sachs, JPMorgan et Bank of America) avaient, elles, agréablement surpris le marché depuis deux jours.
Alors qu’elle s’était bien remise de la crise financière, se permettant même de titiller la suprématie de Goldman Sachs, Morgan Stanley – qui vient de changer de patron – n’a pas réussi à surmonter les turbulences de marché qui ont durement affecté les activités de trading. Contrairement à sa grande devancière, qui a pourtant souffert du même contexte et a pu afficher un gain de 1,9 milliard de dollars (L’Agefi du 20 octobre).
Dès lors, analystes et gérants se demandent si la banque nouvellement dirigée par James Gorman va réussir son pari: élargir sa base de clientèle en s’attaquant au courtage grand public. «On peut se projeter dans l’avenir et préférer les aspirations de Morgan Stanley à celles de Goldman Sachs; mais entre temps, le titre de Morgan va vivre des moments difficiles», prédit Brad Hintz, analyste chez Sanford C. Bernstein. L’établissement avait déjà perdu de l’argent en 2009 en réduisant ses risques, quand d’autres profitaient du rebond des marchés pour amasser des fortunes.
Morgan Stanley a vu ses revenus de trading sur les taux et sur les actions chuter de 45%, à 1,77 milliard de dollars, par rapport au troisième trimestre 2009. En comparaison, Goldman Sachs et Bank of America (qui a absorbé Merrill Lynch) affichent respectivement 5,63 milliards et 4,5 milliards de revenus. Le décalage est encore plus flagrant dans les seules activités de taux: 846 millions engrangés, contre 3,77 et 3,53 milliards. Les efforts qui avaient conduit Morgan Stanley à recruter 400 salariés pour l’activité de trading n’ont donc pas payé. Les revenus de l’ensemble du groupe ont reculé de 15% sur douze mois, à 6,78 milliards, intégrant l’impact négatif de 731 millions en raison du resserrement du spread de sa propre dette.
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