Monier rate son émission sur le marché obligataire
Deux de chute sur le marché obligataire à haut rendement. Quelques jours après l’émission très difficile d’Europcar, Monier a carrément dû renoncer à son projet. Le fabricant de matériaux de couverture a reporté hier sine die son émission de 250 millions d’euros d’obligations à 7 ans, invoquant les conditions de marché. Le rendement indicatif de l’opération, la semaine dernière, tournait autour de 10,25% à 10,50%. JPMorgan, Deutsche Bank, BNP Paribas, Morgan Stanley et UniCredit la dirigeaient.
Cet échec ne peut être imputé aux turbulences liées à l’impasse politique en Grèce. L’opération devait en effet être mise à prix vendredi dernier. «Il s’agit d’un problème de perception du crédit. Le secteur cyclique est très difficile à placer», souligne un gérant high yield à Londres, qui n’a pas souhaité souscrire à l’opération. Un autre placement d’une valeur cyclique, celui de 300 millions d’euros à 7 ans de l’aciériste suisse Schmolz + Bickenbach, noté B+, risque ainsi d’être reporté, selon des rumeurs de marché.
La sélectivité retrouvée des investisseurs high yield avait déjà fait deux victimes le 4 mai, Europcar et sa maison mère Eurazeo. «Le premier ratage de l’année sur le marché primaire obligataire», estimaient le 7 mai les analystes crédit de CM-CIC Securities. Malgré la présence de huit banques, le loueur a dû abaisser la taille de l’émission, porter de 12,5% à 14% le rendement offert, renoncer à sa clause de rachat anticipé, et demander à son actionnaire de lui injecter 110 millions d’euros de capital au lieu des 90 millions prévus. Le même jour, une autre société sous LBO, le fabricant de papier couché Lecta, est parvenue à lever 590 millions d’euros en deux tranches.
Pour Monier, un LBO habitué aux difficultés, le revers est fâcheux. Contrôlé par ses créanciers et par les fonds Apollo, Towerbrook et York depuis une première restructuration de dette en 2009, la société avait obtenu en avril de repousser ses échéances. Un accord lié à la promesse de l’émission obligataire, dont le produit devait servir à rembourser au pair une partie des prêts renégociés. «Lorsqu’il y a un désaccord sur le prix, l’émetteur peut décider de patienter quelques semaines. Mais s’il s’agit d’un problème de qualité du crédit, il se peut que Monier doive attendre de longs mois, le temps par exemple de publier des résultats en amélioration», estime le même gérant.
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