Londres défend les bonus de la City devant la justice européenne
A quelques mois de l’entrée en vigueur du plafonnement des bonus dans l’Union européenne (UE) début 2015, le Royaume-Uni est prêt à tout pour défendre les rémunérations variables des banquiers de la City. Sa plainte contre la limitation des bonus à 200% du salaire fixe est examinée aujourd’hui par la Cour de justice de l’UE. Londres défend la liberté de rémunération, estimant par exemple que les nouvelles règles vont à l’encontre des traités européens ou qu’elles donnent trop de pouvoir à l’Autorité bancaire européenne (EBA).
En filigrane se lit la crainte de Londres d’être marginalisé face à New York, Singapour ou Hong Kong. A l’échelle européenne, la City n’a guère de concurrents. En 2012, le Royaume-Uni comptait 2.188 banquiers gagnant plus d’1 million d’euros, contre seulement 117 en France et 100 en Allemagne, selon le rapport publié en juin par l’EBA. Surtout, leurs bonus atteignaient en moyenne 370% de leur salaire fixe, bien loin de la limite des 200%.
En attendant le jugement de la Cour de Luxembourg, à une date encore inconnue, le débat se déplace déjà sur un autre terrain. Bruxelles, mais aussi une partie de la classe politique britannique, critiquent depuis plusieurs mois le contournement des futures règles dans de nombreux établissements, notamment américains et britanniques. Si certains ont déjà augmenté les salaires fixes, donc leur base de coûts, la dernière tendance consiste à octroyer des allowances. Ces primes mensuelles varient dans le temps en fonction de la performance mais ne sont pas comptabilisées dans les bonus. Barclays, HSBC, Lloyds Banking Group et RBS les ont déjà adoptées, tout comme les américaines BoA-Merrill Lynch et Goldman Sachs. Ou encore Citi, selon les révélations du Financial Times la semaine dernière. L’EBA, qui examine de près ces pratiques, va publier ses recommandations d’ici à la fin de l’année.
Au-delà du débat technique, les règles sur les bonus visent à aligner la rémunération des banquiers sur leur performance, pour prévenir les conduites à risques. Elles doivent théoriquement s’appliquer à toutes les banques qui exercent sur le territoire de l’UE, mais aussi aux implantations internationales des banques européennes. La limitation des bonus à deux fois le salaire fixe s’est substituée à un éventuel plafonnement du montant même des rémunérations. Un temps évoquée, cette mesure était jugée discriminatoire pour la finance, face aux autres secteurs économiques.
Plus d'articles du même thème
-
Les entreprises payent plus cher leurs émissions obligataires
Les transactions ont repris la semaine passée sur le marché primaire euro. La demande est là mais exige d'être rémunérée pour un niveau de risque jugé plus élevé. -
Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Le géant américain de la technologie veut continuer à réduire ses effectifs. Il propose un plan de départ volontaire à plus d'un quart de ses salariés. Seuls les Etats-Unis, le Canada, l'Inde et le Royaume-Uni sont concernés. -
La pause attendue de la Fed masque de gros enjeux de communication
Les données récentes sur l’économie et sur l’inflation renforceraient la nécessité d'une nouvelle hausse des taux de la Fed ce mercredi. Mais les rares indications fournies par les responsables de la banque centrale suggèrent une pause, anticipée par les marchés de taux, et transforment ce rendez-vous en point de bascule autour de la communication.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
Contenu de nos partenaires
-
EditorialVive la sélection à l’université !
Dans une société qui postule la singularité de chaque individu, la sélection ne peut pas ne pas exister. Et ce n’est pas une mauvaise chose -
Réforme de Parcoursup, rénovations, classes moins chargées : les concessions du gouvernement en réponse aux lycéens
Malgré l'annonce de quinze mille places supplémentaires et de prêts massifs pour rénover les établissements, les syndicats maintiennent la pression et appellent à manifester -
La Suède dans l’impasse après les échecs du centre et des socio-démocrates à former un gouvernement
Le Parti du centre a annoncé qu’il n’était pas parvenu à conclure un accord de gouvernement, plus d’un mois après des élections législatives très serrées.