L’influence prêtée à JPMorgan sur les CDS relance le débat sur la règle Volcker
Inconnu au bataillon il y a une semaine, Bruno Iksil jouit désormais d’une notoriété dont il se serait sans doute passé. L’influence prêtée à ce trader français de JPMorgan sur le marché des CDS n’a pas seulement fait les gros titres du week-end, elle relance aussi le débat sur la régulation des activités de compte propre au sein des banques d’investissement.
Bruno Iksil, qui travaille à la direction de l’investissement (chief investment office) de la banque, serait intervenu massivement sur le Markit CDX North America Investment Grade, un indice basé sur les credit default swaps de grandes entreprises notées en catégorie investisseur. Vendeur de protection contre le risque de crédit, le trader aurait pris avec l’accord de sa hiérarchie des positions de plusieurs dizaines de milliards de dollars, selon les rumeurs qui circulent dans les medias anglo-saxons. En un an, la position nette sur l’indice est passée de 65 milliards à 145 milliards de dollars à fin mars, d’après les statistiques de la chambre de compensation DTCC.
JPMorgan a indiqué ce week-end que le chief investment office, rattaché à la trésorerie, est chargé de couvrir les risques et d’assurer la gestion actif-passif de la banque. «Il ne recherche pas le profit à court terme», a précisé un porte-parole à New York.Les positions sur l’indice CDX NA ne seraient donc pas directionnelles. Mais plusieurs hedge funds estiment que la banque américaine a déréglé le marché, en rompant le lien entre la valeur de l’indice et celle des contrats liés à chacune de ses composantes.
«Je ne serais pas surpris que les partisans de la règle Volcker utilisent cette affaire comme un test», estimait hier Douglas Landy, avocat associé d’Allen & Overy cité par Bloomberg, en référence à la loi qui limite l’activité pour compte propre des banques. Aux Etats-Unis, plusieurs parlementaires se sont émus de cette affaire, alors que la Chambre des représentants doit voter cette semaine un texte qui exempterait de la règle Volcker les transactions nouées entre les filiales étrangères des banques américaines et leurs clients sur place. Une exemption que Jamie Dimon, le directeur général de JPMorgan, appelait encore de ses vœux la semaine dernière dans une longue lettre aux actionnaires.
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