L’Europe spectatrice

Philippe Mudry

Rarement l’Europe aura été aussi peu à l’initiative d’un projet qui concerne pourtant un pan majeur de son industrie financière : c’est à une consolidation américano-américaine que l’on assiste avec le rachat annoncé de Nyse Euronext par ICE qui entend tirer à son profit deux leçons de la crise financière. Celle-ci a d’une part accéléré la mondialisation des marchés de dérivés, et d’autre part imposé les chambres de compensation comme enjeu industriel central. Ce faisant, l’opération met en lumière la double erreur historique de la Commission de Bruxelles. Celle-ci a d’abord tout fait, pour des raisons de concurrence idéologiques, pour que les acteurs européens abandonnent leur structure en «silo», c’est-à-dire intégrant toute la chaîne de valeur de traitement des titres ; puis, pour les mêmes douteuses raisons, elle a interdit à Nyse Euronext de se rapprocher de Deutsche Börse pour cause de position dominante sur les dérivés en Europe. Or la transaction confirme le triomphe du modèle en «silo» et le caractère mondial, et non régional, des marchés dérivés ! Reste que l’intention du nouveau géant de rendre Euronext à la cote, s’il constitue un retour au passé, pourrait redonner aux acteurs européens l’occasion de revenir sur leurs bévues et de construire enfin une grande Bourse continentale. Un superbe sujet de politique industrielle à l’échelle européenne auquel on espère que Paris, Bruxelles et Francfort attacheront cette fois l’intérêt qu’il mérite.

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