L’euro fort préoccupe la BCE
Alors que les marchés commençaient à anticiper la poursuite du rallye de l’euro au-dessus de 1,20 dollar, la monnaie unique a reculé d’un coup après le franchissement de ce seuil mardi - pour la première fois depuis avril 2018 - et jusqu’à 1,1830 mercredi soir. Ce recul soudain fait suite non seulement aux prises de bénéfices liées à ce niveau psychologique mais aussi aux commentaires du chef économiste de la Banque centrale européenne (BCE), pour qui une devise trop forte pourrait devenir un casse-tête : Philip Lane a reconnu que «le taux euro-dollar importe» et que l’institution en tient compte dans sa politique monétaire.
Une hausse de l’euro pourrait nuire aux entreprises exportatrices européennes et à leur compétitivité, et repousser encore l’atteinte des objectifs d’inflation. Cependant, elle peut aussi être due au facteur positif selon lequel «les gestionnaires de réserves de change des pays émergents - Chine en tête - achètent aujourd’hui moins de dollars et plus d’euros, explique Sébastien Galy, stratégiste senior chez Nordea. Compte tenu de l’environnement de risque actuel, cette tendance pourrait durer encore mais seulement jusqu'à une consolidation des marchés un peu plus tard, en septembre ou en octobre. En outre, un euro plus fort a moins d’impact sur le commerce en période de demande faible et avec relativement peu d’inflation, sachant que l’inflation européenne est davantage liée au pétrole.»
La BCE n’intervient généralement pas pour dévaluer sa monnaie, et se limitera à des communications, notamment lors de la conférence de presse après sa réunion du 10 septembre. Un rallye prolongé au-dessus de 1,20 dollar pourrait quand même accélérer des initiatives accommodantes ciblant l’inflation. «Au-dessus de 1,30 dollar, elle pourrait facturer davantage les réserves de change d’autres banques centrales au sein de son système pour les forcer à les transférer à des banques commerciales et à proposer du crédit en euros. Une deuxième étape pourrait consister à pénaliser les dépôts étrangers dans les banques commerciales via le ratio de liquidité (LCR)», poursuit Sébastien Galy.
Il faut en général une appréciation de 10% de l’euro pour réduire le PIB réel et les prix à la consommation d’environ 1% après deux ans, rappelle l’économiste de Goldman Sachs, Sven Jari Stehn, pour qui la devise pourrait monter jusqu’à 1,25 dans les douze mois face à un dollar affaibli plus globalement (indice DXY au-dessous de 93), mais probablement pas jusqu’à 1,40, étant donné les dommages causés par un euro fort avant la précédente crise de la zone.
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