Les risques fiscaux jettent une ombre sur la réussite des grandes fusions
En recommandant hier à ses actionnaires de voter contre son projet d’OPA de 52 milliards de dollars (41 milliards d’euros) sur le britannique Shire Pharmaceuticals, le groupe américain AbbVie a mis en lumière l’importance de la fiscalité dans le montage financier de certaines grandes fusions, particulièrement dans la santé. «La valorisation sur laquelle nous nous étions entendus n’est plus justifiée en conséquence des nouvelles règles fiscales», a déclaré Richard Gonzalez, directeur général d’AbbVie. Une indemnité de rupture de 1,6 milliard de dollars payable par l’acquéreur est en jeu.
Afin de dissuader les entreprises américaines de changer leur domiciliation fiscale pour réaliser des économies d’impôts suite à une acquisition à l’international («inversion fiscale»), le Trésor prélèvera une taxe de 35% sur la trésorerie offshore utilisée pour financer toute transaction bouclée après le 22 septembre. Medtronic a en conséquence décidé d’emprunter 16 milliards de dollars pour financer le rachat du britannique Covidien, au lieu d’utiliser comme initialement prévu le cash qu’il détient à l’étranger.
Sources d’attentisme, ce durcissement fiscal, qui n’est pas terminé, devrait amplifier le flux nourri des transactions abandonnées ou retirées depuis le 1er janvier dernier. A l’échelle mondiale et tous secteurs confondus, les 600 opérations concernées représentent en valeur près de 436 milliards d’euros, au plus haut depuis 2007 sur la période correspondante de chaque année, selon les chiffres communiqués par Dealogic.
Pfizer a notamment mis fin à son projet d’acquisition d’AstraZeneca pour environ 95 milliards d’euros, suite à un désaccord sur le niveau de prix. A l’avenir, les acquisitions émanant d’entreprises américaines «devront être davantage motivées par des considérations industrielles et commerciales que par leur intérêt fiscal», juge Edward Tanenbaum, associé au cabinet d’avocats new-yorkais Alston & Bird.
Certains parlementaires républicains craignent qu’en l’absence d’harmonisation fiscale les mesures décidées par l’administration Obama favorisent le rachat d’entreprises américaines par des concurrents étrangers. Le laboratoire américain Auxilium a ainsi renoncé à un projet d’inversion fiscale en acceptant la semaine dernière l’offre de rachat de l’irlandais Endo, contrairement au fabricant de matériel médical Steris qui compte reprendre le britannique Synergy Health (voir tableau ci-dessous).
{"title":"","image":"81551»,"legend":"Fusions acquisitions»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Les fondateurs de KKR misent sur le club de foot de Valence
George Roberts et Henry Kravis figurent parmi les investisseurs de la holding Pitchwise, qui a acheté 42 % du club espagnol avec une valeur d’entreprise de 1,25 milliard d’euros. -
Les gérants allocataires affinent leur utilisation des ETF
Ils sont avant tout à la recherche d’ETF qui se fondent le mieux possible dans leur portefeuille, souligne une étude réalisée par Trackinsight. 70 % des investisseurs professionnels pilotent ainsi activement leur portefeuille d’ETF. -
Meta veut lever 35 milliards de dollars tout de suite et 60 milliards plus tard
La maison mère de Facebook et Instagram va émettre des titres et des actions de préférence convertibles avant de créer une nouvelle classe d’actions début 2027 pour lever des dizaines de milliards de dollars supplémentaires au fil de l’eau.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
Contenu de nos partenaires
-
« On n'avait pas assez anticipé » : Emmanuel Macron esquisse un mea culpa sur les violences du 17 octobre
Après plusieurs semaines de colère lycéenne rejointe par les voix des gilets jaunes et des syndicats, l’exécutif est sur le pont. Le président de la République s’est déplacé lundi 26 octobre à Marseille. La cité phocéenne a été, au même titre que la capitale et d’autres villes françaises, le théâtre de débordements chaotiques en parallèle des manifestations du 17 octobre 2026. -
Tribune libreFinances publiques de la France : en attendant le FMI (ou la BCE) …
Face à la dégradation des finances publiques, certains partis en viennent-ils à espérer une perte de contrôle budgétaire nécessitant l’aide du FMI ou de la BCE qui légitimerait leurs discours populistes ? -
« Plus jamais nous n’aurons de tyran » : comment les étudiants ont renversé le régime autoritaire en Serbie
Dimanche, un mouvement étudiant a remporté les élections législatives en Serbie, parvenant ainsi à chasser le dirigeant nationaliste Aleksandar Vucic