Les possibilités d’émettre sur le marché corporate euro sont limitées
Les émissions d’obligations corporate en euros restent tributaires de la volatilité sur les marchés. La semaine passée, le marché primaire a été peu actif alors que les déclarations contradictoires du président américain Donald Trump sur ses intentions en Iran ont provoqué encore plus d’incertitude, avec une inquiétude grandissante des investisseurs sur un conflit long et des conséquences pour la croissance et l’inflation mondiales.
«La plupart des entreprises qui nous ont confié des mandats pour des émissions d’obligations ont préféré temporiser au cours d’une semaine écourtée pour les fêtes de Pâques et où la volatilité est restée élevée», souligne Blaise Bourdy, responsable syndication DCM pour les entreprises en France, Belgique et Luxembourg chez Société Générale. Une seule opération a été lancée dans ce marché devenu à fenêtres depuis fin février et le début du conflit au Moyen-Orient: une double tranche de Veolia à 5 ans et 10 ans. «La société a profité de la seule vraie fenêtre de la semaine», poursuit le banquier, qui était teneur de livres sur cette transaction, aux côtés de CIC, de Commerzbank, ING, JPMorgan, MUFG et Santander.
«Veolia parvient à lever des fonds à d’excellentes conditions, même en période de volatilité des marchés», a déclaré dans un communiqué Emmanuelle Menning, directrice générale adjointe finance et achats chez Veolia. Le groupe de services aux collectivités a profité de l’accalmie sur les marchés après la déclaration du 31 mars du président iranien concernant de possibles discussions en vue de mettre fin à la guerre. «Nous avions reçu le mandat la semaine précédente. La société, qui est un émetteur sophistiqué et agile, était prête. Il ne manquait plus que le bon timing. La transaction a donc été lancée mercredi 1er avril», explique Blaise Bourdy.
Une telle opération a aussi été possible dans ce contexte parce que Veolia est un émetteur récurrent et réactif, avec un profil défensif et un rating élevé (BBB chez S&P et Baa1 chez Moody’s), et peu exposé au Moyen-Orient. En janvier, il avait déjà émis 2,5 milliards d’euros, notamment pour le refinancement d’une acquisition aux Etats-Unis.
A lire aussi : Le conflit en Iran perturbe les nouvelles émissions corporate
Rendements attractifs
Cette fois, la société a levé un milliard d’euros et a attiré 6,4 milliards d’euros de demande sur la base du pricing final. «Cette transaction, dans un marché compliqué, démontre que les investisseurs ont des liquidités à investir», constate Blaise Bourdy. L’attrition du livre d’ordres a été limitée, et davantage concentrée sur l’obligation à 10 ans. Les rendements offerts, de 3,69% à 5 ans et de 4,122% à 10 ans, expliquent aussi le succès de l’opération. Depuis le début de la guerre en Iran, les taux ont fortement progressé tandis que les spreads se sont tendus mais de façon contenue, ce qui a sans doute aussi motivé la société à profiter de cette fenêtre. Les spreads à l’émission ont été resserrés de plus de 30 points de base (pb) par rapport à l’indication initiale de prix lors du lancement de l’opération, à 83 pb et 108 pb au-dessus des mid-swaps, respectivement.
Pour cette opération unique la semaine passée sur le marché investment grade euro, la prime d’émission (la différence par rapport à la courbe secondaire) a été nulle, contre 5 à 10 pb pour d’autres transactions récentes. Les placements obligataires de Danfoss et de Danone la semaine précédente ont également été réalisés avec des primes nulles. «Des primes nulles, voire négatives, sont possibles pour des émissions avec des volumes normaux, sur des profils défensifs avec de bons ratings», affirme le banquier de la Société Générale.
Le marché high yield a également été actif avec l’émission de 1 milliard d’euros de Fibercorp. Currenta a émis 125 millions d’euros sur une souche déjà existante. Une émission de Sealed Corp était encore en marketing. Mais ce type de refinancement de LBO avec des tranches obligataires en euro et en dollar couplé à une transaction sur le marché des loans en parallèle prend généralement plus de temps.
«C’est un marché à fenêtres, insiste Blaise Bourdy. Les émissions se font au compte-gouttes.» Un coup d’arrêt après le très bon début d’année. Les émetteurs qui n’ont pas de besoins de financement immédiats et peuvent attendre une fenêtre plus favorable et moins volatile préfèrent remettre les transactions prévues à mai ou juin, après la période de black-out des résultats trimestriels.
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