Les pays émergents devancent leur resserrement monétaire
Les banques centrales émergentes n’ont pas attendu la Fed pour commencer à normaliser leur politique monétaire, face à une inflation devenue trop contraignante. Hormis la Turquie, la plupart des pays émergents ont déjà relevé leurs taux. En Asie, après la Corée du Sud, Singapour vient d’augmenter son objectif sur le dollar singapourien (équivalent d’une hausse des taux). Au Brésil, le Selic, le taux directeur est passé de 2% à 6,25%, en six mois. En Europe centrale, la Pologne a créé la surprise en resserrant à son tour.
«Un plus grand nombre de banques centrales des pays émergents sont désormais embarquées dans la normalisation des taux, stimulées par les surprises à la hausse sur l’inflation,la hausse des prix des matières premières et l’atténuation des impacts macroéconomiques du Covid-19», relève Luis Organes, stratégiste chez JPMorgan. Avec un impact indéniable sur les dettes émergentes. Les obligations en monnaie locale ont perdu plus de 2% en septembre, portant à près de 7% leur contreperformance cette année. Les craintes sur la croissance, en raison principalement du ralentissement en Chine, ont également pesé sur les actifs émergents ces derniers mois.
Les marchés anticipent une poursuite de ce cycle soutenu de resserrement monétaire avec un taux directeur anticipé médian de 4,7% à 2 ans, note le Fonds monétaire international (FMI) dans son dernier rapport de stabilité financière, contre 3,3% dans le rapport d’avril.
«La trajectoire de politique monétaire significativement plus pentue pour les marchés émergents par rapport aux Etats-Unis reflète leur sensibilité à la normalisation de la politique monétaire dans les économies avancées, les inquiétudes concernant un éventuel désancrage des anticipations d’inflation, la force du dollar américain et les craintes de sorties des portefeuilles obligataires en monnaie locale si les différentiels de taux se rétrécissent», préviennent les économistes du FMI. Les actifs émergents sont souvent montrés comme les plus sensibles au resserrement des conditions financières en dollar, notamment au tapering (réduction des achats d’actifs par la Fed).
Les investisseurs gardent en mémoire la correction qui avait suivi le tapering de 2013. Mais ces derniers pensent que les marchés sont cette fois mieux préparés. L’inflexion de la politique monétaire de la Fed a été annoncée de longue date, les devises émergentes sont globalement sous-valorisées contrairement à 2013 et les déséquilibres des balances courantes moins importants. Les marchés attendent désormais l’annonce de la Fed, début novembre.
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