Les économistes saluent un accord paneuropéen gagnant-gagnant
Au-delà des dirigeants politiques de l’Union européenne (UE) qui n’ont pas manqué de s’attribuer un accord «historique», les économistes ont également plutôt bien accueilli le plan de relance commun de 750 milliards d’euros décidé mardi à l’aube pour sortir de la crise du coronavirus. L’accord prévoit donc, à côté d’un budget pluriannuel 2021-2027 (MFF) de 1.074 milliards d’euros financé à hauteur de 1,40% du PIB par pays, un fonds de relance (Next Generation EU) réparti entre 390 milliards de subventions, au lieu de 500 milliards d’euros proposés initialement, et 360 milliards de prêts.
Alors que les subventions se répartissaient entre le mécanisme de relance (RRF) et un certain nombre d’autres programmes paneuropéens dans la proposition de la Commission européenne (CE) en mai, elles se concentreront finalement sur la facilité RRF (312,5 milliards), les autres programmes ayant été réduits de 190 à 77,5 milliards. Cette décision a donc pu décevoir. «Mais l’enjeu était ailleurs : il s’agit d’un pas important vers plus de solidarité financière en Europe, tout en posant les premier jalons d’un fédéralisme budgétaire», réagit l’économiste Florence Pisani chez Candriam. «C’est une différence majeure avec la précédente crise de l’euro, cela renforce l’intégration européenne, même si un tel compromis à l’unanimité des 27 est toujours difficile et amène à juger qu’on aurait pu aller encore plus loin», ajoute Samy Chaar, chef économiste de Lombard Odier. Il regrette un peu la baisse du montant global – «qui rogne de manière sous-optimale des investissements comme la santé», une gouvernance peu fluide – «sans veto mais avec la possibilité pour un pays de communiquer son inquiétude sur le transfert de fonds vers un autre pays», et le maintien de rabais sur le budget – «alors que le Brexit donnait l’occasion de supprimer ces avantages dont le Royaume-Uni s’accommodait particulièrement». Ces réductions brutes forfaitaires fondées sur le revenu national brut bénéficieront aux Pays-Bas, Danemark, Suède ainsi qu'à l’Allemagne et l’Autriche, pour plus de 53 milliards répartis sur sept ans.
Au bout du compte, l’Italie (avec a priori 81 milliards de subventions), l’Espagne (72), la France (39) et la Pologne (38) ressortent «gagnants» en valeur absolue, la clé de répartition étant établie selon le PIB/habitant et le taux de chômage avant la pandémie pour 2021-2022 (conformément à la proposition initiale de la CE), puis selon la perte de PIB réel et cumulée observée post-pandémie pour 2023.
En valeur relative, la Grèce s’en sort plutôt bien (23 milliards soit 11% du PIB), alors que la Belgique, pays le plus touché de l’UE en nombre de victimes/population, recevra à peine 1%. «Il fallait surtout un geste fort pour les grandes économies comme l’Italie et l’Espagne, qui vont donc percevoir entre 4,4% et 5,5% du PIB en subventions réparties sur trois ans, et vont tirer les autres vers le haut, insiste Samy Chaar. De ce point de vue, il n’y aura pas de perdants.»
Relais de croissance européen
La facilité RFF sera distribuée à 70% au cours des années 2021 et 2022 et les 30% restants seront intégralement engagés d’ici à la fin 2023. «C’est très intéressant car cela arrivera après le premier filet de sécurité fourni par les Etats, au moment où l’économie devra combler l’écart avec la croissance d’avant-crise et où il ne faudra pas relâcher les politiques de soutien», poursuit Samy Chaar, insistant sur le revirement de l’Allemagne dans sa perception du besoin d’intervention publique.
«L’accord est probablement plus important d’un point de vue politique et symbolique : avec des subventions inférieures à 0,4% du PIB par an jusqu’en 2027, il ne peut pas être un substitut complet aux efforts budgétaires nationaux», nuance Gilles Moec, chef économiste d’Axa IM. «Le fonds est encore relativement petit compte tenu de la gravité de la crise» et son calendrier obligera «les pays dans le besoin à s’appuyer sur d’autres options comme le Mécanisne européen de stabilité (MES)», écrivent même les économistes d’ING, pour qui il aurait peut-être été «préférable de séparer les négociations sur le mécanisme de relance et le budget pluriannuel» voire de faire de «la RRF un projet de la zone euro plutôt qu’un projet de l’UE».
Du côté des ressources, la CE se financera et se refinancera - sans problème avec sa notation AAA et en partie auprès des programmes d’achats de la Banque centrale européenne (BCE) qui ont été adaptés pour cela - en émettant des obligations sur les marchés de capitaux. Sachant que les plus grands Etats solliciteront peu les 360 milliards de prêts s’ils peuvent se financer seuls à bon compte. «Le mode de financement de ce programme - par des recettes futures à définir mais avec les garanties données par chaque Etat membre - est novateur et devrait inspirer d’autres institutions supranationales au vu des importants besoins d’investissements actuels (pays émergents, lutte contre le réchauffement climatique)», remarque Florence Pisani. Les dirigeants de l’UE ont prévu en plus une taxe sur le plastique en 2021 et pourraient, sur proposition de la CE, revoir le système d'échanges de quotas de CO2 (ETS) et introduire une redevance numérique en 2023 afin de renforcer les ressources propres et de rembourser des emprunts contractés dans le cadre de Next Generation EU.
Plus d'articles du même thème
-
Le déficit public britannique est au plus bas depuis 2020
Le déficit 2025-2026 a diminué à 4,3%, soit près d’un point de pourcentage en moins sur un an, grâce à un niveau de recettes plus élevées. Mais le conflit au Moyen-Orient met les finances publiques britanniques sous pression. -
Les échanges sur les marchés actions européens battent des records
L’activité des marchés boursiers européens au premier trimestre a atteint un niveau record depuis l’entrée en vigueur de la directive sur les marchés d'instruments financiers en 2018. -
La France évalue le coût économique de la guerre en Iran à plus de 4 milliards d’euros
Le ministre de l’Economie et des Finances a réuni mardi plusieurs ministres avec le Comité d’alerte des finances publiques créé en avril 2025. Ce comité conclut que les recettes fiscales liées au carburant pourraient à peu près couvrir les aides déjà annoncées. Mais pas le coût économique total lié à la remontée de l’inflation, au ralentissement de la croissance et à la charge de la dette, évalué à 4,4 milliards d’euros.
ETF à la Une
Amundi lance son ETP Bitcoin sur Euronext Paris
- Cofidis poursuit sa route aux côtés du Crédit Mutuel Alliance Fédérale
- Apple garde l'innovation produit au centre de sa stratégie avec John Ternus
- Dassault Systèmes trouve enfin les mots pour rassurer les investisseurs
- Tim Cook annonce son départ d’Apple
- La faiblesse congénitale de la finance décentralisée
Contenu de nos partenaires
-
Quoi de Neuf dans l’actualité Lifestyle du 27 avril ?
Le constructeur Denza ouvre sa première Maison française à Saint-Germain-en-Laye, Buccellati plonge l'art de la table dans les abysses au PAD Paris, Figaret et l'Hôtel du Palais composent un vestiaire côtier au parfum de Pays basque… La rédaction vous livre un florilège des dernières actualités lifestyle. -
Surpopulation carcérale : les syndicats pénitentiaires appellent au blocage des prisons
Le syndicat de surveillants pénitentiaires, Ufap-Unsa, a appelé à bloquer les établissements pénitentiaires lundi 27 avril pour dénoncer la surpopulation dans les prisons et les 5 000 emplois vacants. Il devrait être rejoint par la CGT-Pénitentiaire et la SPS-CEA -
Attentat manqué contre Donald Trump à Washington : le tireur présenté à la justice américaine
Washington - Le tireur qui a tenté de faire irruption au gala de la presse à Washington va être présenté lundi à la justice pour ce qui s’apparente à un nouvel attentat contre la vie de Donald Trump. Le suspect, largement identifié par la presse américaine sous le nom de Cole Allen, 31 ans, a cherché à assassiner le président américain et de hauts responsables de son administration, d’après la Maison Blanche dimanche. Lors de scènes de chaos samedi soir, des agents du Secret Service, chargés de la sécurité des hautes personnalités, ont évacué Donald Trump, ainsi que son épouse Melania Trump et le vice-président JD Vance, après les tirs de l’assaillant qui a été appréhendé avant de pouvoir entrer dans la salle où se déroulait le dîner annuel de l’Association des correspondants à la Maison Blanche. Le suspect, originaire de Torrance, près de Los Angeles, en Californie, doit être présenté dans la journée à un juge fédéral à Washington. Il devrait être inculpé de deux chefs d’accusation: le premier pour usage d’une arme à feu lors d’un crime violent, le second pour l’agression d’un agent fédéral à l’aide d’une arme dangereuse. Des informations «très préliminaires» font penser aux enquêteurs qu’il «ciblait des membres de l’administration» Trump, a déclaré le ministre de la Justice par intérim, Todd Blanche, à la chaîne CBS. Le tireur «ne coopère pas activement» mais les enquêteurs pensent qu’il s’est rendu à Washington en train depuis Los Angeles en passant par Chicago, afin d'échapper à la surveillance liée au transport aérien, a précisé Todd Blanche. Les images des caméras de sécurité diffusées par M. Trump lui-même sur son réseau Truth Social montrent une personne qui se rue au travers du portique de détection de métaux situé à l’entrée de la salle où se tenait le gala, et plusieurs membres des forces de l’ordre dégainant leurs armes. Selon la police, le suspect portait deux armes à feu et de nombreux couteaux et des coups de feu ont été échangés. Un membre des forces de l’ordre s’est fait tirer dessus, mais a été protégé par son gilet pare-balles. L’assaillant n’a pas été blessé. Une autre photo diffusée par le président montre cet homme, cheveux courts et barbe soignée, à terre, torse nu, recouvert d’une couverture de survie. «Pas inquiet» Les tirs ont bouleversé le dîner annuel du gratin de la politique et des médias washingtoniens, dont les centaines d’invités en smoking et robe longue ont dû se coucher à terre entre les tables à nappe blanche de l’immense salle de bal de l’hôtel Hilton. «Je n'étais pas inquiet», s’est vanté le président républicain dimanche lors de l'émission «60 Minutes» sur la chaîne CBS. «Je connais la vie. Nous vivons dans un monde fou». «Ce n’est pas la première fois ces dernières années que notre République est attaquée par un assassin en puissance qui cherchait à tuer», avait-il réagi dès samedi soir, encore en smoking, pendant une conférence de presse donnée à la Maison Blanche. Donald Trump a également dit dimanche sur la chaîne Fox News que le suspect, une personne «visiblement très dérangée», avait écrit un texte «très antichrétien». Plusieurs médias américains se sont fait l'écho d’un manifeste envoyé notamment à sa famille. Les réactions de dirigeants mondiaux ont afflué, se disant «choqués» et apportant leur «soutien» à M. Trump, tout en condamnant la violence politique. Parmi eux, le roi Charles III, attendu lundi pour une visite d’Etat aux Etats-Unis, s’est dit «soulagé» que Donald Trump soit sain et sauf. Le Palais de Buckingham a confirmé dimanche que la visite «se déroulerait comme prévu». Donald Trump a été visé par une tentative d’assassinat en juillet 2024 lors d’un meeting de campagne où il a été blessé à l’oreille ainsi que quelques mois plus tard sur son golf en Floride. C’est devant le même hôtel Hilton de Washington que le président Ronald Reagan avait été blessé par balle en 1981 lors d’une tentative d’assassinat. Patrick BAERT © Agence France-Presse