Les banquiers de la City prennent le pouvoir chez Deutsche Bank
L’Indien Anshu Jain qui doit prendre la direction de Deutsche Bank au côté de l’Allemand Jürgen Fitschen ne perd pas de temps. Trois mois avant son arrivée officielle, le 1er juin, il annonce son intention de faire table rase de l’ère Ackermann, et de remplacer les proches du patron actuel par ses propres hommes de confiance issus de la banque de financement et d’investissement (BFI) à Londres. Parmi les principales victimes de ce remaniement figurent le Suisse Hugo Bänziger, directeur des risques, et Hermann-Josef Lamberti, responsable des ressources humaines et de l’informatique. Ils seront remplacés par deux Américains et un Autrichien, dont Stephan Leithner, l’actuel directeur de la BFI en Allemagne.
Le comité exécutif sera quant à lui élargi de 12 à 17 membres, dont une majorité écrasante d’origine anglo-saxonne. Parmi eux figurent un Canadien et un Américain qui succéderont à Anshu Jain à la tête de la BFI à Londres. «Il n’y a pas de doute que cette transformation porte la signature des banquiers d’affaires qui renforceront ainsi leur emprise sur l’ensemble de l’établissement», estime un proche du conseil de surveillance.
Mais les nouveaux dirigeants affirment qu’ils sauvegarderont les grandes lignes du modèle d’entreprise mis en place par Josef Ackermann. L’activité de banque de détail, récemment renforcée par le rachat de la banque postale allemande devrait donc être maintenue.
Selon les analystes le remaniement projeté ne signifie pas moins une rupture avec la banque connue jusqu'à présent. «Anshu Jain veut transformer Deutsche Bank en un établissement véritablement international, voué à la banque d’affaires et disposant d’une forte présence sur les marchés asiatiques et américains», estime Dieter Hein, de Fairesearch. Pour y parvenir la banque misera en priorité sur une expansion de sa BFI alors que la banque de détail demeurera confinée pour l’essentiel au marché allemand.
A Berlin, ces changements suscitent bien des irritations. Frank Schaeffler, le président du groupe parlementaire des libéraux au Bundestag estime que Deutsche Bank est en passe de devenir un établissement qui n’aura plus d’allemand que le nom. Et son homologue de la CDU s’interroge sur les conséquences d’un tel revirement en faveur de la banque d’affaires pour les petits épargnants. «L’argent des millions de clients privés ne doit pas servir à alimenter le grand casino du monde financier» a-t-il averti.
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