L’économie américaine fait de la résistance
La croissance de l’économie américaine au quatrième trimestre est en trompe-l’œil. Le marché a été rassuré mais l’activité semble déjà avoir commencé à nettement ralentir. Le produit intérieur brut (PIB) a augmenté de 2,9% en rythme annualisé entre octobre et décembre dernier, selon la première estimation publiée jeudi par le département du Commerce, après la hausse de 3,2% au troisième trimestre. Un chiffre supérieur aux attentes des économistes (+2,6% en moyenne). L’économie américaine ne ralentit que très légèrement. Et le second semestre a plus que compensé la contraction de 1,1% enregistrée sur les six premiers mois de 2022. Sur l’ensemble de l’année, la première économie mondiale affiche ainsi une croissance de 2,1%, en baisse par rapport aux 5,9% de 2021.
«Cependant, si nous creusons un peu plus dans les détails, nous constatons que ce n’est pas aussi positif», affirme James Knightley, économiste chez ING. Un effet de stocks explique en partie la solidité du PIB. «La surprise à la hausse est principalement due à une accumulation de stocks qui a ajouté près de 1,5 % au PIB au quatrième trimestre, ajoute Erik Norland, économiste chez CME Group. En dehors de la croissance des stocks, le PIB n’a augmenté qu'à un rythme annualisé de 1,4 %. L’augmentation des stocks pourrait être de mauvais augure pour la croissance au début de 2023, car les entreprises pourraient chercher à les réduire.»
Le quatrième trimestre 2022 pourrait en effet être le dernier au cours duquel l'économie américaine affiche une telle croissance, alors que les effets du resserrement de la politique monétaire de la Réserve fédérale vont commencer à se faire sentir pleinement. Il y a historiquement un décalage entre la hausse des taux de la Fed (+425 points de base en 2022) et l’impact sur l’économie réelle.
Signes de faiblesse
«Bon nombre des composantes les plus surveillées du PIB ont montré une faiblesse, notamment la consommation personnelle qui n’a augmenté que de 2,1% en rythme annualisé au quatrième trimestre, soit 0,8% en dessous du consensus. Les dépenses d’investissement fixe ont chuté à un rythme annualisé de 6,7% dans un contexte d’effondrement de la construction de logements, tandis que l’investissement des entreprises en équipement a chuté à un rythme annualisé de 3,7%. Il semble que les consommateurs ressentent les effets de la hausse des prix tandis que l’immobilier et l’investissement des entreprises ressentent les effets de la hausse des taux d’intérêt », relève Erik Norland qui ajoute que le soutien des dépenses fédérales (+6,2% en rythme annualisé) devrait également ralentir au cours des prochains mois.
Les premiers signes de ce ralentissement sont même déjà visibles. «En ce qui concerne les données du PIB du premier trimestre, la dynamique des chiffres n’est pas excellente, précise l’économiste d’ING. Nous avons eu six baisses consécutives mensuelles dans la construction résidentielle, trois baisses consécutives de la production industrielle, les fortes baisses des ventes au détail en novembre et décembre et maintenant nous constatons que les indices ISM manufacturier et non manufacturier sont en territoire de contraction.» Mais le marché du travail reste dynamique, entretenant l’espoir d’un atterrissage en douceur.
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