Le primaire actions veut enfin croire à une reprise
A la lecture des seuls chiffres, le marché européen du primaire actions (equity capital market) a connu en 2012 sa plus mauvaise année depuis 2002. Selon Dealogic, un peu moins de 134 milliards d’euros ont été levés ou placés par les groupes européens, contre 147 milliards en 2011 et 173 milliards en 2010 qui constituaient déjà deux années noires. Pourtant, à en croire les différents responsables des activités ECM des banques, l’accélération des opérations fin 2012, portée par la stabilisation de la situation en Europe, laisse entrevoir quelques signes d’optimisme pour les prochains mois.
Après le creux du deuxième trimestre 2012, l’activité s’est redressée en fin d’année, dopée notamment par les ventes de blocs qui ont représenté à elles seules le tiers du marché annuel européen. Les émetteurs ont profité de la remontée des valorisations pour céder leurs participations résiduelles dans de bonnes conditions et améliorer leur bilan.
Ils ont aussi tiré avantage de la concurrence entre des banques sevrées d’activité depuis plusieurs années pour obtenir le meilleur prix. HSBC s’est par exemple engagée fin novembre à placer un bloc de titres Amadeus avec une décote de seulement 1,8%, contre une moyenne comprise habituellement entre 4% et 5%, quitte à se retrouver avec des actions sur les bras. La remontée des cours dans le courant de l’été a également poussé les émetteurs à faire preuve d’opportunisme en saisissant les fenêtres favorables pour placer des obligations convertibles.
Si ce marché à «fenêtres» risque de perdurer le temps que la confiance se consolide en Europe, il annonce peut-être un redémarrage plus marqué des transactions. «A la différence de la fin 2011, les derniers mois de 2012 ont montré que la base d’investisseurs est là. Les Anglo-Saxons sont revenus en masse et ont participé aux placements actions en grandes proportions. Le risque systémique européen est perçu par le marché comme bien moindre ou inexistant», explique Antoine de Guillenchmidt, responsable de l’activité ECM en France et en Scandinavie chez Goldman Sachs, numéro un de ce segment en Europe.
Même s’il faut «rester mesuré, nous n’excluons pas une reprise des introductions en Bourse en Europe en 2013», veut croire Michael Maringe, responsable «origination» ECM pour la France à la Société Générale, en tête du classement des opérations réalisées dans l’Hexagone. Selon lui, le «contexte devient plus favorable, avec une baisse de la volatilité, une réallocation des actifs vers les actions et un écart de valorisation qui est en train de se combler entre l’Europe et les Etats-Unis». «S’il y avait une opération, nous n’aurions pas de difficulté à la placer auprès d’acheteurs européens et anglo-saxons», appuie Antoine de Guillenchmidt.
Plus de problème de demande donc. En revanche, le souci, notamment en France, réside dans la faiblesse de l’offre, avec «assez peu de candidats de taille significative et beaucoup d’entreprises sous LBO depuis 2006-2007 qui doivent encore travailler à leur désendettement avant d’être présentées au marché», explique Michael Maringe. Sans compter que les vendeurs potentiels ne sont plus aussi contraints que ces dernières années et peuvent donc attendre avant de céder leurs titres.
Saint-Gobain ou Lagardère, dont on attend depuis près de deux ans maintenant l’IPO de leurs filiales Verallia et CanalPlus, ne sont pas dans la même urgence que Telefonica qui a dû mettre en Bourse sa filiale allemande pour se désendetter.
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