Le patron de Virtu Financial défend le libre jeu des marchés actions
Doug Cifu n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Le directeur général de Virtu Financial, l’un des plus gros teneurs de marché au monde, intervenait en vidéo à l’occasion de l’AM Tech Day que L’Agefi organisait à Paris le 5 octobre. Et il s’est livré à un vibrant plaidoyer pour l’efficience des marchés financiers face aux tentations régulatrices des gendarmes boursiers, notamment aux Etats-Unis.
Les market makers comme Virtu et Citadel Securities servent d’intermédiaires entre acheteurs et vendeurs de titres financiers. Leur rôle vital est apparu au grand jour lors du krach boursier de février-mars 2020, où ils ont contribué à assurer la liquidité du marché, mais aussi en début d’année lors de l’affaire GameStop. Ces géants de Wall Street ont alors été mis en cause pour une pratique décriée, le payment for order flow (PFOF), qui assure une part de leurs profits : en échange d’une ristourne, des applications de trading grand public dirigent les ordres de leurs clients vers un market maker privilégié. Un système que souhaiterait interdire Gary Gensler, le président de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme des marchés américains.
« Le président de la SEC est motivé à 99% par la politique, pas par les faits et les données », contre-attaque Doug Cifu. Selon le dirigeant de Virtu, le PFOF ne soulève un conflit d’intérêts que lorsque le courtier fait passer le montant des rétrocessions avant l’exécution des ordres au meilleur prix, la best execution en jargon financier. « Avec un montant fixe de rétrocession, les ordres ne sont routés que sur la base de la qualité de l’exécution », poursuit Doug Cifu, pour qui le processus de révision lancé par la SEC est dès lors voué à l’échec. « Nous vivons dans un Etat de droit (rule of law). Lorsque ce processus sera mené à son terme, et cela prendra des années, le payment for order flow ne sera pas interdit aux Etats-Unis », assure le dirigeant.
L’investisseur retail moins bien servi en Europe
Doug Cifu égratigne au passage l’Union européenne, qui a « une vision différente, mais pire » du fonctionnement des marchés. Le PFOF n’existe pas sous la même forme, la définition de la best execution n’est pas la même qu’outre-Atlantique. « Les investisseurs retail font une plus mauvaise affaire qu’aux Etats-Unis, et je ne dis pas cela parce que je suis Américain, explique Doug Cifu. Si les régulateurs observaient vraiment ce qui se passe aux Etats-Unis, l’amélioration de la formation des prix et la façon dont les investisseurs retail sont mieux servis, ils encourageraient le payment for order flow au lieu de le décourager. »
Premier bénéficiaire de la hausse des volumes de transactions, Virtu s’efforce aussi de relativiser le phénomène de gamification, qui a vu une nouvelle génération de particuliers spéculer en Bourse grâce à des applications comme Robinhood. « Tout ce débat est encore une affaire politique. Il nous faut bien sûr des standards de conformité : un gamin de 18 ans ne doit pas faire du trading d’options », juge Doug Cifu. Ce qui ne l’empêche pas de saluer « le génie de Robinhood », qui a rendu selon lui les marchés plus accessibles aux millenials, par son fonctionnement très ludique. « Les Etats gèrent des loteries. Depuis quand acheter cinq dollars d’actions Tesla est moins moral que d’utiliser une application du même type pour acheter cinq dollars de jeux à gratter dans la loterie de l’Etat de New York ? » lance Doug Cifu, pas mécontent de placer les pouvoirs publics devant leurs contradictions. L’avenir dira qui du financier ou du politique aura le dernier mot.
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