Le marché se prépare à une hausse durable du prix du carbone
Des quotas de carbone à 35 voire 40 euros la tonne ? Ces prix paraissent surréalistes après le piètre parcours du marché du carbone européen (EU-ETS) ces dernières années, marqué longtemps par un prix à un seul chiffre. C’est pourtant le pronostic du think tank Carbon Tracker Initiative dans un rapport publié ce mardi, «Carbon countdown».
Selon son auteur, Mark Lewis, les prix du carbone pourraient atteindre 25 euros la tonne fin 2018, puis 35 euros en 2019, 40 euros en 2020 et 2021 avant de baisser légèrement, à 35 euros, en 2022.
Pour parvenir à ces prévisions, les calculs de l’expert intègrent le fait que les acteurs concernés (industries soumises aux quotas et spéculateurs) anticipent la raréfaction de l’offre de quotas en raison de la mise en œuvre de la réserve de stabilité (Market Stability Reserve, MSR) en janvier 2019. L’impact du MSR sur les volumes des enchères devrait toutefois s’atténuer un peu en fin de période, estime-t-il.
Signe de la crédibilité de ces hypothèses, en mars, Simon Quemin et Raphaël Trotignon, chercheurs pour la chaire Economie du climat de l’université Paris Dauphine, ont abouti aux mêmes prévisions de prix à un horizon similaire.
Pour les industries émettrices de gaz à effet de serre concernées (producteurs d’énergie…), mais aussi pour les particuliers, cette hausse prévisible des prix des quotas de carbone se répercutera dans des proportions variables sur les coûts de production pour les premières et sur la facture énergétique pour les seconds. L’objectif est que les prix favorisent le changement vers des technologies et des énergies de moins en moins émettrices et des usages plus vertueux.
La réforme de la réserve de stabilité, destinée à ressusciter le marché carbone européen, qui croulait sous l’excédent de quotas, a été décidée l’an passé. Depuis, les prix des quotas ont surpris par la vigueur de leur remontée : «310% de hausse depuis mai 2017, 120% depuis le début de l’année et 33% depuis que nous avons publié notre rapport, en avril», souligne Mark Lewis.
Concrètement, le MSR prévoit une réduction de 24% du surplus cumulé d’EUA chaque année – la plus importante contraction de l’offre jamais connue par l’EU-ETS, selon l’étude. Sur la période 2019-2023, l’évolution des prix anticipe des réductions de quotas de carbone pour les secteurs de l’énergie et de l’aviation estimées à environ à 1,4 milliard de tonnes, souligne-t-elle.
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