Le logement, point noir des politiques publiques
C’est la grande passion des Français mais le grand absent du débat public. L’immobilier constitue le premier poste de dépenses des ménages et le principal marqueur social, et c’est à peine s’il parvient à se frayer un chemin dans les programmes électoraux. Voilà pourtant un domaine où la crise du Covid menace de faire sentir durablement ses effets. L’insuffisance de l’offre de logements par rapport à la demande s’est accrue. Les confinements et la généralisation du télétravail ont modifié le lien à la résidence principale. Les urbains, Parisiens en tête, ont des envies d’ailleurs. Depuis un an, les prix des maisons et des appartements situés à moins de deux heures de transport des grands centres économiques flambent, menaçant d’exclure du marché les populations locales.
Le surplus d’épargne accumulé pendant la pandémie, qui atteindra 180 milliards d’euros à la fin de l’année d’après la Banque de France, ne fera qu’accentuer le phénomène. Parce que cette manne se concentre chez les ménages les plus aisés, et donc les moins portés à la consommation courante, elle ira pour bonne part alimenter l’investissement immobilier, accentuant le poids déjà disproportionné de la pierre dans l’épargne des Français. Entre ceux qui ont eu accès à la propriété et ceux qui ne peuvent occuper un logement décent qu’à un tarif prohibitif, le fossé, générationnel et social, se creuse.
La Banque centrale européenne, dont la politique monétaire de taux bas a fait gonfler les prix du mètre carré, s’intéresse enfin au problème, par le petit bout de la lorgnette. Elle cherche à mieux intégrer la composante immobilière dans son indice d’inflation, qui la sous-estime largement – à la différence des citoyens européens, bien conscients, eux, de la ponction que subit leur budget mensuel. En France, la réponse a souvent consisté à multiplier des dispositifs éculés dont on s’aperçoit in fine qu’ils soutiennent la demande, soit directement, comme le prêt à taux zéro, soit indirectement, lorsque l’on bâtit des immeubles à la seule fin de nourrir des programmes de défiscalisation. Dans le même temps, le zèle législatif et réglementaire n’a cessé d’empiler les normes et de corseter l’offre. Le rapport coûts/bénéfices de cette politique est désespérant.
Plutôt que de trouver un successeur au très cher crédit d’impôt Pinel pour les particuliers, un rapport remis au Parlement mi-juin suggère de s’appuyer sur la force de frappe des investisseurs institutionnels. Et pour cause, ceux-ci ont retrouvé leur appétit pour le résidentiel. Ils ont les moyens de financer la construction de logements à loyer intermédiaire, si essentiels aux travailleurs de la première ligne, et de servir un rendement satisfaisant à leurs assurés ou leurs épargnants. C’est l’une des réponses, pas la seule, au problème du logement en France. Un sujet dont il faudra bien que les candidats à l’élection présidentielle se saisissent sérieusement.
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