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Le gaz naturel liquéfié dans l’étau du détroit d’Ormuz
L’Agence Internationale de l’énergie (AIE) avait prévenu. Une fermeture du détroit d’Ormuz représente un choc d’offre majeur pour le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) car cela bloque les flux sortants du Qatar et des Emirats Arabes Unis, qui représentent ensemble près de 20% des exports mondiaux.
A cela s’ajoute l’attaque du site de Ras Laffan au Qatar. Le 19 mars, un missile iranien endommage sérieusement ce terminal de liquéfaction et d’exportation de gaz, le premier du monde. Quatre autres missiles ont été interceptés. Selon le PDG de QatarEnergy, deux des quatorze trains (unités de traitement et de liquéfaction) et une des deux installations de conversion de gaz en liquides ont été endommagés. Cela représenterait, selon lui, une perte de 12.8 millions de tonnes par an de GNL pour trois à cinq ans soit environ 17% des capacités d’exportations qataries et 3% des exportations mondiales.
A lire aussi : L’Europe s’inquiète de sa dépendance accrue au gaz américain
Cette situation pénalise très sérieusement de nombreux pays. L’Asie, première importatrice du GNL du Golfe (près de 90% des volumes exportés de la région en 2025 selon l’AIE) est évidemment la première victime. Ces volumes représentent 27% des importations asiatiques totales de GNL. Cela est significativement plus élevé pour certains pays. Le Pakistan dépend du Golfe pour plus de 90% de ses importations de GNL et les autorités ont prévenu que le gaz pourrait venir à manquer à partir de mi-avril. Le textile, première industrie d’exportation du pays, y recourt abondamment.
A première vue, l’Europe semble relativement épargnée mais cela pourrait rapidement changer. Certes elle ne dépend du Golfe qu’à hauteur de 7% environ de ses importations de GNL mais c’est plus élevé pour certains pays comme l’Italie. Elle achète, de plus, des quantités importantes sur les marchés spot or la demande asiatique ne devrait pas tarder à se reporter sur ces mêmes marchés spot faute de GNL du Golfe. La montée prévisible des enchères due à l’arrivée de nouveaux acheteurs pourrait finir par faire progresser les prix sur le Vieux Continent.
Une situation plus complexe que celle du pétrole
Au total, la situation du GNL est peut-être plus complexe que celle du pétrole. Il n’y a pas de stocks stratégiques pour conserver des marges de manœuvre, les goulets d’étranglement sont nombreux et il est difficile de trouver des alternatives au gaz du Golfe à l’heure actuelle. Les terminaux de liquéfaction et d’exportation sont des infrastructures lourdes et coûteuses. Leur construction réclame du temps et des perspectives à long terme. Année après année, de nouvelles capacités apparaîtront notamment aux Etats-Unis mais à l’heure actuelle, la plupart des sites opèrent déjà à plein régime ou presque.
Il convient toutefois de souligner que la moindre demande de l’hémisphère nord en cette saison offre un répit et une occasion de s’organiser. Mais en l’absence d’avancée majeure, les tensions reviendront probablement vite. Les stocks sont bas et les réservoirs doivent être remplis avant l’hiver prochain, les maigres volumes disponibles sur les différents marchés vont être rapidement sollicités. Le calme relatif que l’on peut attendre ces prochaines semaines devra être mis à profit pour préparer l’avenir au mieux.
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