Le FMI s’interroge sur l’accélération de la croissance mondiale
La croissance économique mondiale s’accélère, soutenue par la demande dans les pays avancés ainsi que par une amélioration de la situation dans la plupart des grandes économies émergentes, estime le Fonds monétaire international (FMI) dans ses nouvelles perspectives économiques mondiales d’automne, publiées mardi après-midi.
Mais bien que cette embellie, par son ampleur géographique, soit la plus solide depuis dix ans, l’institution de Washington s’interroge sur son caractère durable et exhorte les Etats à profiter de cette conjoncture favorable pour mettre en oeuvre les réformes nécessaires à sa consolidation.
Le FMI table sur une croissance de 3,6% cette année, puis 3,7% en 2018, soit dans les deux cas 0,1 point de plus que dans ses précédentes prévisions d’avril, inchangées au cours de l'été.
Fin septembre, l’Organisation pour la coopération et le développement économiques avait maintenu sa prévision de croissance globale de 3,5% cette année mais relevé aussi de 0,1 point ses anticipations pour 2018 à 3,7%, plus haut depuis 2011.
Pour les économistes du FMI, le rebond de l'économie mondiale entamé à la mi-2016 a gagné en vigueur au premier semestre. Ils notent la hausse de l’investissement, des échanges et de la production industrielle, traduisant le retour de la confiance des acteurs économiques.
Cette embellie est quasi générale et les a amenés à revoir en hausse leurs prévisions pour la plupart des pays, à commencer par celles pour les Etats-Unis, qu’ils avaient abaissées fin juin en déclarant ne plus attendre d’impact positif de la politique de l’administration Trump.
Le FMI fait valoir que la faiblesse de la consommation constatée au premier trimestre y a été temporaire et que l’investissement a poursuivi sa hausse, en liaison notamment avec le rebond du secteur de l'énergie. Il prévoit en conséquence une croissance américaine de 2,2% cette année, puis 2,3% en 2018, soit 0,1 et 0,2 point de plus qu’en début d'été.
Pour la zone euro, les prévisions 2017 et 2018 sont révisées en hausse de 0,2 point, à 2,1% puis 1,9%, et celles pour l’Allemagne évoluent dans les mêmes proportions à 2% et 1,8%.
Le FMI ne change rien à ses attentes pour la France (1,6% puis 1,8%), qu’il vient tout juste de rehausser.
Il est de même plus optimisme pour le Japon : 1,5% en 2017 (+0,2 point) et 0,7% en 2018 (+0,1 point).
Le Royaume Uni fait exception dans ce tableau, étant le seul grand pays occidental dont la croissance a ralenti au premier semestre, du fait d’une consommation des ménages pénalisée par l’impact de la dépréciation de la livre sur leur revenu réel. Le Fonds maintient en conséquence ses prévisions, nettement abaissées en avril, d’une croissance de 1,7% cette année et 1,5% en 2018, après 1,8% en 2016, et insiste sur les incertitudes qui pèsent sur les perspectives à moyen terme en attendant de connaître l’issue des négociations du Brexit.
S’agissant des économies émergentes, il est un peu plus optimiste sur la Chine, dont il revoit les perspectives en hausse (+0,1 point à 6,8% pour 2017 et 6,5% en 2018) en anticipant le maintien par les autorités d’une politique suffisamment expansionniste pour atteindre l’objectif d’un doublement du PIB réel entre 2010 et 2020.
Il l’est beaucoup plus pour la Russie et le Brésil, avec des anticipations relevées de 0,4 point pour 2017, à respectivement 1,8% et 0,7%.
Pour l’Inde ses révisions sont à la hausse pour le passé (7,1% pour la croissance 2016, soit une estimation rehaussée de 0,3 point) mais nettement à la baisse pour la suite (-0,5 point pour 2017 et -0,3 point pour 2018, à 6,7% et 7,4%) du fait de l’impact beaucoup plus fort que prévu de l’introduction de la nouvelle taxe sur les biens et services.
Le FMI note que la croissance globale se développe sur une large base mais que la confiance actuelle ne doit pas inciter les gouvernements à céder à la facilité au vu des interrogations sur son caractère durable, et ce pour plusieurs raisons. Il souligne la faiblesse persistante de l’inflation, qui découle de celle de la croissance des salaires ; une diffusion de la croissance incomplète, 25% de l'économie mondiale s’en trouvant exclus, dont les pays producteurs de matières premières et d'énergie les plus pauvres, parmi lesquels beaucoup seront les plus exposés aux effets des changements climatiques ; des perspectives de croissance du PIB par tête plus faibles que par le passé, liées dans les pays riches à une productivité en baisse et au vieillissement de la population.
Pour toutes ces raisons, les gouvernements se doivent d’agir vite, en profitant de l’environnement favorable. «Les réformes structurelles diffèrent selon les pays mais tous ont des marges de manoeuvre importantes pour des mesures qui permettront d’améliorer leur résilience économique et leur croissance potentielle», estime Maurice Obstfeld, chef économiste du FMI.
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