L’organisation cible l’endettement des entreprises dans son Rapport de stabilité financière et pointe le risque systémique des asset managers et des fonds de pension.
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Xavier Diaz
Présentation du Rapport sur la stabilité financière par le FMI.
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Photo IMF.
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage. Le Fonds monétaire international (FMI) a une nouvelle fois insisté, dans son dernier Rapport de stabilité financière publié hier, sur les risques inhérents aux marchés de dettes corporates. Ce n’est pas la première fois qu’il s’inquiète, avec d’autres institutions internationales telle la BRI, du niveau toujours plus élevé de la dette des entreprises. La nouveauté est que cette situation est exacerbée par le contexte de taux bas, voire négatifs (15.000 milliards de dollars de dette à taux négatifs dans le monde), conséquence des politiques monétaires accommodantes des banques centrales pour faire face au ralentissement de la croissance mondiale. Dans 70% des pays (en PIB), les taux ont été baissés au cours des six derniers mois. Et cela a un coût, selon le FMI. Car si cette politique permet de stabiliser la situation, du point de vue du risque financier, à court terme, cela risque de creuser les vulnérabilités à moyen terme. Car la dette des entreprises n’est pas la seule pointée par le FMI : les institutions financières non bancaires (gestion d’actifs, fonds de pension, assureurs) font également peser un risque pour la stabilité financière. La vulnérabilité du secteur est élevée ou moyenne dans 80% des pays suivis, un niveau similaire à 2008.
19.000 milliards de dollars de dettes à risque dans huit pays majeurs
Contraints par la recherche de rendement, les investisseurs prennent plus de risque et contribuent notamment au gonflement de la dette corporate. La crainte du FMI est que ces situations tendues n’amplifient l’effet d’un choc, comme une aggravation des tensions commerciales ou le Brexit, obérant la croissance à moyen terme. L’institution de Washington a revu hier sa prévision de croissance pour cette année à 3%, ce qui est jugé encore trop optimiste par les économistes. «Le choc sur la croissance est moitié moins sévère en moyenne que lors de la crise», a indiqué Tobias Adrian, responsable du département des marchés de capitaux du FMI en précisant que la dette des entreprises a fortement augmenté dans certains pays et que les situations risquées se sont accrues. Le Fonds estime à 19.000 milliards de dollars, soit 40% du total, le montant des dettes corporates à risque dans huit pays majeurs (Chine, Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Italie, Espagne et Grande-Bretagne). Cela signifie que les entreprises concernées ne couvrent pas les intérêts de leurs emprunts avec leurs bénéfices annuels. Une situation explosive en cas de retournement conjoncturel.
Actifs illiquides des institutions financières non bancaires
Le FMI reconnaît que le système bancaire est aujourd’hui plus sain qu’il ne l’était en 2008, conséquence des réglementations mises en place après la crise et du renforcement de leur capital et de leur liquidité. Le risque n’est pas là. En revanche, les institutions financières non bancaires, qui ont contribué au gonflement de cette dette, notamment au travers de CLO dont les sous-jacents sont de plus en plus risqués inquiètent l’organisation internationale. Ce sont des acteurs systémiques. Les taux bas les ont non seulement poussées à prendre plus de risque mais aussi à investir dans des actifs illiquides. Les fonds de pension ont notamment beaucoup investi dans le private equity et dans l’immobilier. Ces évolutions changent aujourd’hui la donne en termes de risques financiers. Le FMI voit deux canaux de transmission. D’abord, au niveau des asset managers qui détiennent souvent les mêmes titres en portefeuille. En cas de correction, comme en décembre 2018, le problème est que cela amplifie le phénomène. Ensuite, les fonds de pension, qui jouaient traditionnellement le rôle de stabilisateur sur le marché, pourraient être moins efficaces en raison de leurs allocations dans des actifs illiquides. Enfin, la globalisation des portefeuilles, notamment chez les assureurs, risque d’avoir un effet de contagion entre marchés en cas de correction.
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