Le défaut de la Russie n’est plus une option
Lors de la rétrogradation de la note souveraine de la Russie de six crans à C, les analystes de Fitch Ratings avaient affirmé qu’un défaut était imminent. Le non-paiement possible ce mercredi d’un coupon de 117 milliards de dollars sur deux obligations souveraines, ou plutôt son paiement en roubles et non en dollars (devise dans laquelle elle est libellée), devrait ouvrir une période de grâce d’un mois après laquelle la Russie sera en défaut sur sa dette en devise étrangère pour la première fois depuis 1917. Le dernier défaut du pays, en 1998, avait été sur ses obligations en roubles.
«Les sanctions sont telles que la Russie a perdu l’accès à ses réserves de change en dollars et en euros, explique Eric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg. Donc un défaut sur ses dettes en devises étrangères est très possible.» Et ce malgré les 631 milliards de dollars de réserves de la banque centrale, dont plus de la moitié est gelée, et les 185 milliards de dollars du fonds souverain.
Le fait de payer en roubles et non en devises est considéré comme un défaut. C’est l’avis des analystes de S&P Global Ratings dans leur dernière note sur le pays. Et ce même pour les obligations qui prévoient cette possibilité (fallback optionality ou option de sauvegarde). Six obligations souveraines russes ont ce type de clause, selon les analyses de JP Morgan. Le gouvernement russe a dit qu’il continuerait d’honorer ses engagements mais le défaut est inévitable alors qu’un décret signé par Vladimir Poutine, le président russe, le 5 mars, prévoit de payer les investisseurs des pays «hostiles», autrement-dit les pays ayant imposé des sanctions à la Russie, en rouble les coupons et le remboursement du principal des obligations en devise forte (principalement en dollar). Même sans décret, le paiement en dollar est rendu impossible à cause des sanctions.
Vague massive de défauts, y compris des entreprises
Si cet événement de crédit se confirme, il ne devrait être que le premier d’une vague qui toucherait non seulement les obligations souveraines mais aussi celles émises par les entreprises. Plusieurs devraient aussi être contraintes de payer en rouble dont Severstal dès ce mercredi. Suivrons Evraz et Tinkoff Bank dimanche et Gazprom la semaine prochaine.
La vague de défaut risque d’être massive, et la plus importante depuis la défaillance de l’Argentine. Le stock est de 150 milliards de dette, dont 110 milliards de dette corporate. Gazprom est le principal émetteur corporate russe sur les marchés internationaux avec 25 milliards de dollars de dette émise en devise forte.
Pour les investisseurs, ce défaut devrait être un long chemin de croix. D’abord, ils ne devraient pas pouvoir accéder aux paiements même s’ils sont effectués en roubles, les autorités russes interdisant aux banques de réaliser des transactions en rouble vers l’étranger. Ensuite, dans la situation actuelle de conflit et de relations tendues entre la Russie et les pays occidentaux, les recours devant les tribunaux seront difficiles. Mais aussi, engager des discussions avec les émetteurs défaillants risque d’être compliqué alors que ces derniers trouveront difficilement des conseils pour organiser une restructuration à cause des sanctions. Un véritable casse-tête pour les investisseurs étrangersqui ont gardé leurs obligations. Ils détenaient 20 milliards de dette en devise forte avant la dégringolade des cours.
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