Le débat autour du trading haute fréquence contrarie le projet de cotation de Virtu

La multiplication d’enquêtes et de remises en cause publiques alimente le débat sur la légalité des pratiques de ces spécialistes du trading
Antoine Landrot

Le contexte hostile au trading haute fréquence provoque déjà des dégâts. Sur la recommandation des banques qui le conseillent dans le cadre de son introduction en Bourse, au premier rang desquelles Goldman Sachs, Virtu Financial aurait décidé de suspendre son projet, rapportent plusieurs organes de presse. Cette société avait déposé son prospectus le mois dernier et, selon le Financial Times, attendait le feu vert de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américain. Elle devait démarrer sa tournée des investisseurs au début de la semaine prochaine.

Le FBI a confirmé lundi qu’il menait depuis un an une enquête sur les sociétés de trading haute fréquence. Il veut déterminer si leurs techniques constituent un délit d’initié. En effet, l’utilisation de technologies permettant la diffusion ultra-rapide de données pourrait leur permettre de disposer d’informations sur les passages d’ordres avant les traders conventionnels. Ces mêmes systèmes leur permettraient également de jouir d’un accès privilégié aux Bourses au moment de passer leurs ordres.

Signe supplémentaire de l’importance de l’enquête, la SEC, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), qui supervise le marché des produits dérivés aux Etats-Unis et la Financial Industry Regulatory Authority (Finra) qui chapeaute les courtiers, collaborent avec le FBI. Par ailleurs, le procureur général de l’Etat de New York Eric Schneiderman s’intéresse également au lien entre les Bourses et les sociétés de trading, dans le cadre d’une vaste enquête qu’il a nommée «Insider Trading 2.0» et qui met également en cause le trading haute fréquence. Il critique notamment le privilège qu’ont les professionnels utilisant ces techniques de placer leurs ordinateurs au plus proche des infrastructures de marché afin de gagner de précieuses microsecondes.

La sortie extrêmement médiatisée lundi d’un livre-enquête qui accuse ces acteurs d’avoir des pratiques illégales (Flash Boys, par Michael Lewis, un ancien trader de Salomon Brothers) a achevé de relancer le débat sur la place publique.

Cette conjonction de mauvaises nouvelles a pesé sur les acteurs cotés mardi. KCG, issue de la fusion entre Knight Capital et Getco, a clôturé la séance en recul de 3,3%. Les actions de Nasdaq OMX, dont une partie de l’activité est liée aux sociétés de trading haute fréquence, a chuté de 3,1% le même jour.

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