Le consensus mou de la COP 26 laisse un goût d’inachevé
La COP 26 est morte, vive la COP 27 en Egypte. Les parties présentes à Glasgow pour la Conférence des Nations unies sur le changement climatique ont sauvé les apparences, en parvenant samedi soir à signer un accord censé « garder en vie » la limitation du réchauffement de la planète à 1,5 degré Celsius d’ici à 2100. Les pays signataires, qui entendent réduire de 45% en 2030 par rapport à 2010 leurs émissions de gaz à effet de serre, devront revoir dès fin 2022 leurs engagements climatiques à la hausse, et non plus dans cinq ans.
Comme les divisions diplomatiques le laissaient craindre en amont de Glasgow, le texte acté ce 13 novembre ressemble à un consensus mou, au point qu’Alok Sharma, le député britannique qui présidait la COP 26, l’a présenté les larmes aux yeux. Principales leçons à tirer de ces deux semaines de négociations et de l’accord final :
Le charbon, touché mais pas coulé. Pour les partisans du verre à moitié plein, le principe d’une mise à l’index du charbon, qui ne figurait pas dans l’accord de Paris de 2015, est enfin écrit noir sur blanc. Le texte appelle aussi les Etats à mettre fin aux subventions « inefficaces » aux énergies fossiles. Mais il ne mentionne qu’une réduction progressive de l’usage du charbon (phase down, en anglais) sans système de capture et de stockage, et non pas une sortie pure et simple (phase out). C’est l’Inde, à l’économie très carbonée, qui a réussi à imposer ce changement dans les dernières heures de la négociation, au grand dam d’Alok Sharma et des pays les plus touchés par le réchauffement climatique.
Un marché des droits à polluer. Le texte signé à Glasgow concrétise enfin l’article 6 de l’Accord de Paris en instituant un marché mondial du carbone. Les pays pourront couvrir une partie de leurs engagements à réduire leurs émissions, en achetant aux bons élèves des droits à polluer. Le Brésil, qui espère devenir un exportateur de crédits carbone, s’en est aussitôt réjoui.
Six ans ont été nécessaires pour obtenir un compromis, car le sujet est technique. Il a fallu s’assurer qu’un même crédit carbone ne serait pas comptabilisé deux fois dans les engagements « net zéro », par le vendeur et l’acheteur. Les permis CO2 créés par le protocole de Kyoto, ancêtre de l’accord de Paris, seront reversés dans le nouveau système pour ceux qui ont été enregistrés depuis 2013. C’est encore trop, estiment les défenseurs de l’environnement, qui craignent qu’un excédent de permis rende le système inefficace, comme on l’a vu lors des débuts du marché européen du carbone. Enfin, chaque année, une taxe de 5% du produit des quotas carbone abondera un fonds d’aide, et 2% des quotas seront supprimés.
« Il faut beaucoup plus, notamment une taxe carbone aux frontières, connue aussi comme un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, pour entraîner les retardataires », note Erik Nielsen, chef économiste d’UniCredit.
Les pollueurs font de la résistance. « Nous sommes en train de devenir la voix des pays en développement », a déclaré à Reuters le ministre indien de l’Environnement et du Climat, Bhupender Yadav, pour justifier la version édulcorée du texte. New Delhi a été soutenue en sous-main par la Chine, dont le président Xi Jinping n’avait pas fait le déplacement à Glasgow. Cette COP 26 a illustré le fossé diplomatique entre pays du Nord et du Sud, mais aussi entre pollueurs (Etats-Unis, Arabie saoudite…) et les autres.
« Elle aura permis d’embarquer des pays peu enclins à s’engager jusqu’ici dans le grand mouvement des ‘zéro émissions nettes d’ici 2050 ou 60 voire 70’, constate Laurent Jacquier-Laforge, responsable mondial de l’investissement durable pour le groupe La Française. L’engagement récent de l’Australie, de l’Inde ou l’Arabie Saoudite vers des émissions nettes de CO2 à zéro à échéance de 30 à 50 ans reste symbolique, n’étant ni étayées par des engagements sur des objectifs intermédiaires, ni par des engagements à réduire et abandonner les énergies fossiles et en premier lieu le charbon. »
Des financements sans garantie. En 2009, les pays riches s’étaient engagés pour 2020 à mobiliser 100 milliards de dollars par an afin d’aider les pays en développement à s’adapter au changement climatique. Ils n’ont pas tenu leurs promesses. L’accord de Glasgow fixe désormais à 2025 l’atteinte de cette enveloppe, mais sans aucune garantie.
Par ailleurs, « les décisions adoptées à la COP 26 ne prévoient aucun instrument de financement des pertes et dommages irréversibles causés par le réchauffement climatique dans les pays en développement », a regretté le Fonds mondial pour la nature (WWF). L’Union européenne et les Etats-Unis s’y sont opposés.
Une foule d’engagements. Réduction des émissions de méthane de 30% d’ici à 2030, fin des financements publics aux projets fossiles à l’étranger s’ils ne comprennent pas de capture de carbone, engagements net zéro de grandes coalitions d’investisseurs… De multiples annonces publiques ou privées ont rythmé les presque deux semaines de COP 26. Au risque d’alimenter les soupçons de greenwashing, comme la coalition « Gfanz » de l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney, qui prétend aligner 130.000 milliards de dollars d’actifs en faveur de la finance verte.
« Aucun de ces engagements n’est apparu comme novateur et aucun n’est assez ambitieux pour permettre de respecter l’accord de Paris », estime Laurent Jacquier-Laforge, même s’il reconnaît que « les engagements portant sur le méthane et les énergies fossiles vont toutefois dans la bonne direction ». Rendez-vous est pris à Charm El-Cheikh, du 7 au 18 novembre 2022, pour apprécier le sérieux de ces promesses.
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