L’aplatissement de la courbe de taux n’inquiète pas la Réserve fédérale
Certains économistes la surveillent comme le lait sur le feu. Et pour cause : l’inversion de la courbe de taux américaine a tendance à prédire quelques mois à l’avance les récessions économiques. La Réserve fédérale des Etats-Unis (Fed) n’y échappe pas non plus et a à nouveau discuté du sujet lors de sa dernière réunion alors que le mouvement d’aplatissement de la courbe des taux, prélude inévitable à une inversion, se poursuit. «Plusieurs participants ont cité des statistiques montrant que l’inversion de la courbe de taux aux Etats-Unis a souvent précédé les récessions», est-il écrit dans les minutes de la dernière réunion du comité de politique monétaire de la Fed, publiées mercredi soir. Le différentiel de taux entre les Treasuries de maturité deux ans et ceux de maturité dix ans est tombé hier à 21,2 points de base (pb), son plus bas niveau depuis 2007 et les prémices de la crise financière.
Pour Hervé Goulletquer, stratégiste taux chez La Banque Postale AM, «il y a deux interprétations possibles à cet aplatissement. Soit l’aplatissement est interprété, de manière très classique, comme un signal de récession à venir», ce qui impliquerait pour la Réserve fédérale de suspendre son cycle de hausse de taux pour ne pas précipiter la récession. «Soit l’aplatissement est mis sur le compte des taux longs poussés à la baisse par les investisseurs internationaux», une situation propre au contexte financier actuel, indépendant de la conjoncture économique aux Etats-Unis. Autrement dit, cette fois-ci c’est différent et il n’y a aucune raison pour la banque centrale de retarder la hausse des taux d’intérêt. Au contraire, «si on pense que [les taux longs] sont essentiellement le reflet de conditions internationales, alors les conditions monétaires sont trop laxistes», estime Hervé Goulletquer.
Le second camp apparaît avoir la haute main, selon les minutes de la Fed. «Un certain nombre de facteurs globaux ont contribué à la pression à la baisse sur les primes de terme, y compris les programmes d’achats d’actifs des banques centrales et la forte demande mondiale pour des actifs sûrs», note le résumé de la réunion. «Dans un tel contexte, une inversion de la courbe de taux pourrait ne pas avoir la même importance que le suggérerait le passé», est-il encore écrit.
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