L’Allemagne pourrait desserrer les cordons budgétaires
Berlin ferait une entorse à sa règle d'équilibre budgétaire en émettant de la dette destinée à financer la transition énergétique.
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Olivier Pinaud
L’Allemagne peut émettre de nouveaux emprunts à hauteur de 0,35% du PIB.
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copyright Bundestag allemand Simone M. Neumann
Le coût de la transition énergétique pourrait convaincre l’Allemagne de faire une entorse à sa sacro-sainte règle d’équilibre budgétaire. Selon Reuters, qui cite un haut responsable gouvernemental, Berlin envisage d’émettre de la dette pour financer un coûteux programme climatique qui doit être finalisé mi-septembre. «La difficulté consiste à donner forme à un changement aussi fondamental de la politique budgétaire sans ouvrir les vannes du budget fédéral», a expliqué à Reuters ce responsable au fait des discussions en interne au ministère des Finances. «Parce qu’une fois qu’il sera clair qu'émettre de la dette n’est plus un tabou, tout le monde va se bousculer au portillon pour réclamer de l’argent», a-t-il ajouté.
Toute émission de dette serait donc limitée et strictement destinée à financer le programme de protection climatique. Plusieurs pays, dont la France dès 2017, ont lancé des programmes d’obligations vertes (green bonds) pour financer des projets liés à la transition énergétique. En mai 2019, l’encours total de green bonds géré par l’Agence France Trésor s'élevait à 19 milliards d’euros.
La constitution autorise l’Allemagne à émettre de nouveaux emprunts à hauteur de 0,35% du produit intérieur brut (PIB), soit l'équivalent de 5 à 10 milliards d’euros par an.
Publiée hier dans le courant de l’après-midi, la dépêche n’est pas passée inaperçue dans les salles de marchés. Les rendements du Bund allemand se sont tendus de plus de 4 points de base. L’arrivée de nouvelles obligations sur le marché contribuerait à faire baisser la valeur des titres actuels, particulièrement recherchés par les investisseurs depuis quelques semaines dans le contexte de tensions entre les Etats-Unis et la Chine.
Un porte-parole du ministère des Finances a rapidement refroidi les attentes des investisseurs, qui verraient dans l’émission d’une nouvelle dette un bon moyen de soutenir l'économie allemande, de plus en plus proche de la récession. Interrogé par Bloomberg, ce porte-parole a assuré que le gouvernement allemand n’avait pas renoncé à sa règle d’équilibre budgétaire. L’accord signé entre les deux partis au pouvoir (CDU-CSU et SPD) prévoyant de ne pas augmenter la dette est toujours valable selon lui.
Certaines voix dans la coalition au pouvoir appellent toutefois à la création d’exception, dans l’éducation ou l’environnement par exemple.
En 2018, l’excédent budgétaire de l’Allemagne a battu son record, à 59,2 milliards d’euros, soit 1,7% du PIB du pays.
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